La communication présidentielle et la télévision publique : deux rôles, une seule mission d’intérêt national (Par Aboubacar Sakho)

il y a 2 heures 22
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Dans de nombreux pays africains, et notamment en Guinée, la question de la communication de l’État se pose avec acuité dès qu’un événement majeur doit être couvert médiatiquement. La retransmission de cérémonies officielles, les messages du président, ou encore les grandes annonces nationales révèlent parfois un manque de clarté dans la répartition des rôles entre les différents acteurs de l’information publique. Deux entités sont souvent au centre de ce débat : la Direction de la Communication de la Présidence et la chaîne publique de télévision nationale. Bien que leurs missions puissent se recouper aux yeux du public, elles sont en réalité distinctes, complémentaires, et doivent être clairement différenciées pour éviter les confusions et les crises de communication.

La Direction de la Communication de la Présidence est un service institutionnel rattaché directement à la Présidence de la République. Son rôle est avant tout politique et institutionnel : elle gère l’image du chef de l’État, organise les messages officiels, prépare les discours, les communiqués et les contenus audiovisuels qui doivent refléter la vision et les actions de la Présidence. Son travail se situe donc à l’origine du message. C’est elle qui décide du contenu, du ton, de la forme et du moment de diffusion, dans le cadre d’une communication strictement institutionnelle.

En revanche, la chaîne publique de télévision nationale est un média public, dont la mission principale est d’informer, d’éduquer et de divertir la population. Elle doit produire des contenus diversifiés, reflétant l’actualité nationale et internationale, les enjeux économiques, sociaux, culturels, ainsi que les préoccupations des citoyens. Son rôle est de servir l’intérêt général, en respectant des principes journalistiques fondamentaux tels que l’objectivité, le pluralisme et la rigueur de l’information. La chaîne publique n’est donc pas un organe de communication présidentielle, mais un organe de service public.

Cette distinction est essentielle. La confusion entre ces deux entités conduit souvent à des accusations injustifiées et à une mauvaise compréhension du rôle de chacun. Lorsqu’un événement officiel est mal retransmis ou mal couvert, l’opinion publique se tourne instinctivement vers la télévision publique, qui est perçue comme le principal responsable. Or, dans la majorité des cas, la chaîne publique n’est que le diffuseur final d’un contenu produit ailleurs. Elle peut donc être victime d’un problème de production qui ne relève pas de ses compétences.

La Direction de la Communication de la Présidence, elle, ne peut pas se substituer à la chaîne publique. Elle n’a pas vocation à produire des émissions d’information générale ou à gérer des programmes diversifiés. Son rôle est circonscrit à la communication présidentielle et aux contenus institutionnels. Elle ne doit pas non plus utiliser les moyens de la télévision publique pour diffuser des contenus qui ne relèvent pas de la communication officielle. De même, la chaîne publique ne peut pas être réduite à un simple canal de diffusion des messages présidentiels. Elle ne peut pas ignorer le pluralisme, ni oublier sa mission de couverture de l’ensemble de l’actualité nationale. Elle doit rester un média public, indépendant, capable de traiter des sujets variés, y compris des sujets critiques, tout en respectant les lois et règles en vigueur.

La question se pose alors : comment organiser une collaboration efficace entre ces deux structures, sans que l’une ne prenne le pas sur l’autre ? La réponse tient à une définition claire des rôles et à une coordination professionnelle, basée sur des procédures bien établies.

La collaboration la plus courante se fait sur le plan technique. La Direction de la Communication produit des contenus institutionnels (discours, vidéos, images, interviews officielles) et les transmet à la chaîne publique pour diffusion. Dans ce cadre, la chaîne joue le rôle de diffuseur, utilisant ses moyens techniques et ses équipes pour assurer la transmission. Elle peut également envoyer ses équipes sur le terrain pour couvrir les événements présidentiels, mais cela doit se faire dans le respect de ses règles éditoriales et de son indépendance journalistique.

Une collaboration plus organisationnelle peut également être mise en place. La Direction de la Communication peut faciliter l’accès aux lieux officiels, gérer les accréditations et organiser les passages médiatiques, tandis que la chaîne publique assure la couverture et la diffusion. Cette coordination est indispensable pour éviter les doublons, les conflits d’accès, ou encore les problèmes de logistique qui ont souvent provoqué des dysfonctionnements lors de grandes cérémonies officielles.

Sur le plan éditorial, la collaboration doit rester équilibrée. La Direction de la Communication peut proposer des sujets institutionnels, mais la chaîne publique conserve la liberté de traiter ces sujets dans le cadre de sa ligne éditoriale. Cela signifie qu’elle peut choisir la forme, l’angle, la durée et le moment de diffusion, dans le respect des règles du service public. Cette liberté est essentielle pour garantir une information de qualité et éviter toute accusation de propagande.

Dans les pays voisins, comme le Sénégal ou la Côte d’Ivoire, ce type d’organisation est souvent mieux encadré, car la communication présidentielle et les médias publics sont clairement séparés. Les contenus institutionnels sont produits par des services dédiés, mais la diffusion reste assurée par les chaînes publiques, dans un cadre contractuel ou de partenariat clair. L’objectif est de garantir une communication efficace tout en respectant l’indépendance des médias publics. Cette séparation des rôles permet de prévenir les crises de communication, car chaque acteur sait ce qu’il doit faire et où s’arrête sa responsabilité.

En Guinée, la nécessité d’une telle clarification est devenue évidente depuis les récents incidents de retransmission. Les débats et les critiques qui ont suivi montrent que la population ne comprend pas toujours qui est responsable de quoi. Cette situation n’est pas seulement une question de technique ou de moyens, mais aussi une question d’organisation institutionnelle. Une clarification des responsabilités éviterait que la télévision publique soit systématiquement pointée du doigt, alors qu’elle n’est parfois que le maillon final d’un processus plus large.

La modernisation de la communication de l’État passe donc par une réforme structurelle et une définition claire des missions de chaque acteur. Il est nécessaire d’établir des procédures formelles de collaboration entre la Direction de la Communication de la Présidence et la chaîne publique. Ces procédures doivent préciser les responsabilités, les limites, les délais, ainsi que les modalités de production et de diffusion des contenus institutionnels.

En outre, la formation des acteurs est un autre point clé. Les équipes techniques, journalistes, et communicants doivent être formés aux exigences du service public, mais aussi aux contraintes de la communication présidentielle. Une meilleure compréhension des rôles permettrait d’éviter les erreurs de coordination, les problèmes techniques, et les tensions entre les structures.

Enfin, il est indispensable de renforcer les moyens techniques et humains des deux entités. La Direction de la Communication doit disposer de moyens de production audiovisuelle modernes pour produire des contenus de qualité, tandis que la chaîne publique doit être dotée d’équipements et de compétences capables d’assurer une diffusion fiable, notamment lors des événements majeurs. Une telle synergie permettrait d’offrir au public une communication institutionnelle claire, professionnelle et respectueuse des normes du service public.

La communication de l’État est un enjeu stratégique. Elle conditionne la confiance des citoyens, la crédibilité des institutions et l’image du pays à l’international. La distinction entre la Direction de la Communication de la Présidence et la chaîne publique de télévision nationale n’est pas une simple question administrative : elle est au cœur de la qualité de l’information et de la gouvernance. Clarifier les rôles, définir les limites et structurer la collaboration est donc une nécessité pour éviter que de simples dysfonctionnements techniques ne deviennent des crises politiques et sociales. C’est en cela que la Guinée peut apprendre des expériences de ses voisins et construire une communication publique plus moderne, plus transparente et plus efficace.

Aboubacar SAKHO
Expert en communication

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