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Où est l’argent ? Dans plusieurs quartiers de Conakry, la difficulté à retirer de l’argent liquide devient un véritable casse-tête pour les citoyens. Entre les kiosques de transactions à court de liquidités et des clients désespérés, la situation alimente incompréhensions et accusations. Témoignages recueillis sur le terrain.
À Tombolia, devant une boutique d’alimentation servant également de point de transactions, la tension est palpable. Une cliente, visiblement épuisée par ses multiples démarches, tente encore d’obtenir un peu d’argent liquide. Face à elle, le boutiquier répète qu’il ne dispose pas de fonds.
« Maître, il y a retrait ? Non, il n’y en a pas. Vous refusez de nous donner l’argent, non ? Aide-moi à avoir ne serait-ce que 100 000 francs pour que je puisse aller au marché.
— Madame, je ne refuse pas, mais je n’ai pas d’argent ici.
— Depuis ce matin, tu es dans ta boutique et tu me dis que tu n’as pas d’argent ?
— Madame, je n’ai pas d’argent.
— Si vous dites que vous n’avez pas d’argent, où est l’argent alors ? Que Dieu nous aide, sinon ce n’est pas bon. »
La scène illustre le malaise qui s’installe depuis plusieurs mois autour des retraits d’argent. La dame rencontrée sur place semblait à bout de forces. Elle se retenait de pleurer, mais les larmes se lisaient dans ses yeux.
Elle explique qu’elle tente depuis plusieurs jours de retirer l’argent destiné aux dépenses familiales et aux habits de fête pour ses enfants :
« Je me demande comment nous allons passer cette fête. J’ai de l’argent mais je me sens très coincée, puisque je n’arrive pas à le retirer. Mon mari est à l’intérieur du pays. Il m’a envoyé de l’argent pour les tenues de fête des enfants et mes dépenses mensuelles, mais je ne sais pas comment l’avoir. Quand tu vas faire un retrait, tu ne peux même pas obtenir 100 000 francs guinéens. Depuis plus de trois jours, je sillonne les kiosques pour avoir au moins deux millions, impossible. Et de surcroît, nous avons passé ce mois de pénitence dans ces circonstances difficiles. Cette situation devient de plus en plus inquiétante. On se demande où se trouve le problème. Nous blâmons ceux qui font les transactions, qui, à leur tour, accusent les autorités d’être à l’origine de cette crise. Que faire ? Ici, quand on part au marché, les commerçants n’acceptent pas les transactions par téléphone. Et gare à toi si ton argent finit avant que tu n’aies terminé tes achats ou si tu n’as pas de transport. Je demande à l’État de nous aider à trouver une solution. »
Du côté des commerçants et agents de transactions, on assure pourtant subir les mêmes difficultés que les clients.
L’un d’eux, interrogé sur place, rejette les accusations selon lesquelles certains opérateurs retiendraient volontairement l’argent :
« Les gens pensent que c’est une histoire d’ethnie, mais non. Comment peut-on avoir de l’argent avec nous et refuser de le donner aux gens ? Nous entendons tout ici. Certains disent même que c’est à cause de la politique que nous avons caché l’argent. Je ne sais pas pour les autres, mais moi je ne le fais pas. Je suis coincé comme eux. Je suis commerçant et je fais des transactions à côté. Beaucoup de mes clients font des achats par téléphone. En fin de soirée, je me retrouve avec mon argent bloqué au téléphone. Je programme même les gens pour les retraits. À peine je reçois une petite somme, elle est directement donnée à ceux-ci. Je ne peux même pas garder de l’argent avec moi. »
Interrogé sur les causes réelles de cette situation, il reconnaît lui-même ne pas avoir d’explication précise :
« Bon, je ne sais pas. Mais la seule chose que nous souhaitons, c’est de voir cette crise loin de nous. »
En attendant une éventuelle solution, clients et commerçants continuent de subir les effets de cette pénurie de liquidités, qui complique le quotidien de nombreux ménages.
Christine Finda KAMANO
L’article Retrait impossible : à Conakry, les citoyens courent derrière leur propre argent est apparu en premier sur Mediaguinee.com.
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