Kindia : la rivière Takhou, d’un trésor naturel à un cauchemar quotidien

il y a 2 heures 14
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La rivière Takhou, l’un des cours d’eau les plus emblématiques de la ville de Kindia, traverse plusieurs quartiers densément peuplés. Jadis source de vie et de revenus pour les populations riveraines, elle est aujourd’hui confrontée à une dégradation avancée, conséquence directe de l’urbanisation anarchique, de l’insalubrité et du manque d’entretien.

Autrefois, la rivière Takhou était utilisée pour l’arrosage des cultures maraîchères, l’abreuvement des animaux et certaines activités domestiques. Mais au fil des années, les constructions sur ses berges, le déversement des eaux usées et des ordures ménagères ont profondément transformé ce cours d’eau, en un véritable canal d’évacuation à ciel ouvert.

En saison sèche, la baisse du niveau de l’eau laisse apparaître des déchets en grande quantité et des eaux stagnantes dégageant de fortes odeurs. En saison des pluies, le débordement de la rivière provoque régulièrement des inondations, causant d’importants dégâts matériels et exposant les populations à des risques sanitaires majeurs.

Mamadou Diallo, habitant d’un quartier riverain depuis plus de vingt ans, exprime son amertume et sa nostalgie :<<La Takhou faisait vraiment partie de notre quotidien. Nous y pêchions de petits poissons, nous cultivions le long des berges et l’eau servait à beaucoup de choses. À l’époque, personne n’avait peur de la rivière. Aujourd’hui, c’est tout le contraire. L’eau est noire, remplie d’ordures et dégage une odeur insupportable. Dès que la pluie commence, nous ne dormons plus. Nous passons les nuits à surveiller le niveau de l’eau, prêts à fuir si elle déborde. Plusieurs familles ont déjà tout perdu. C’est une situation très difficile à vivre >>, a-t-il expliqué.

Aïssatou Camara, commerçante installée à proximité de la rivière, évoque les conséquences économiques et sanitaires :<<Travailler près de la Takhou est devenu un véritable combat. Les mauvaises odeurs éloignent les clients, surtout pendant la saison sèche. Les moustiques sont nombreux et mes enfants tombent souvent malades. Pendant l’hivernage, l’eau déborde et envahit nos boutiques. J’ai déjà perdu des marchandises à cause des inondations. Nous avons l’impression que notre souffrance n’est pas entendue. Pourtant, nous contribuons à l’économie locale >>, a-t-il témoigné.

De son côté, Ibrahima Condé, jeune riverain, insiste sur la responsabilité collective et le manque de moyens :<<Beaucoup de gens jettent les ordures dans la rivière parce qu’il n’y a pas de dépotoirs organisés ni de système efficace de collecte. Mais au final, c’est toute la population qui en paie le prix. La Takhou est en train de devenir un danger permanent. Si rien n’est fait aujourd’hui, demain les conséquences seront encore plus graves, surtout pour les jeunes générations >>, a ajouté ce citoyen.

Pour Fatoumata Bah, mère de famille, la situation est devenue insupportable et inquiétante : <<les enfants jouent souvent près de la rivière, sans mesurer le danger. L’eau est sale, pleine de microbes, mais ils ne comprennent pas les risques. Nous, les parents, vivons dans la peur des maladies. Nous avons besoin de sensibilisation, d’encadrement et surtout de solutions concrètes. Nous ne voulons plus seulement entendre des promesses, nous voulons voir des actions sur le terrain >>, a-t-elle lancée.

Face à cette situation alarmante, les riverains de la rivière Takhou lancent un appel pressant aux autorités locales, aux services d’assainissement et aux organisations environnementales, afin que des actions urgentes soient entreprises, notamment le curage du lit de la rivière, la libération des berges, l’amélioration de la gestion des déchets et la sensibilisation des populations.

En attendant ces mesures, la rivière Takhou demeure le symbole d’un patrimoine naturel négligé, passé du statut de richesse collective à celui de menace permanente pour les populations riveraines.

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