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Chaque année, des milliers de jeunes Guinéens obtiennent leur diplôme et se retrouvent face à un vide : absence de modèles, de réseaux, de structures d’accompagnement. Entre une formation déconnectée du marché du travail et un tissu professionnel peu organisé pour accueillir la relève, c’est tout un capital humain qui s’érode en silence. Il est urgent d’agir.
I. Un déficit structurel aux conséquences profondes
D’abord, il convient de constater que l’orientation scolaire et professionnelle reste un parent pauvre du système éducatif guinéen. Dans la plupart des lycées et universités, il n’existe ni conseillers d’orientation opérationnels, ni programmes d’accompagnement individualisé. Les étudiants choisissent souvent leurs filières par défaut sous la pression familiale ou par simple imitation, sans disposer d’une information fiable sur les débouchés réels du marché du travail.
Ensuite, même lorsque des cadres d’orientation existent formellement, ils demeurent peu fonctionnels faute de ressources humaines qualifiées, de budgets dédiés et d’outils adaptés au contexte guinéen. Les rares mentors potentiels cadres expérimentés, entrepreneurs, professionnels de la diaspora ne sont pas mobilisés de manière organisée et systématique. Le lien entre la sphère académique et le monde professionnel reste donc structurellement rompu.
Par ailleurs, le phénomène touche de façon encore plus aiguë les jeunes issus des régions intérieures Labé, Kankan, Nzérékoré, Kindia où les réseaux professionnels sont moins denses et les modèles de réussite moins visibles. Ces jeunes souffrent d’un double isolement : géographique et informationnel. Ils ignorent souvent quelles formations mènent à quels emplois, comment rédiger un curriculum vitæ, comment se présenter à un entretien, ou encore quelles structures peuvent les accompagner.
De surcroît, les dynamiques socioculturelles viennent aggraver la situation. Dans de nombreuses familles guinéennes, la parole du mentor naturel l’aîné, l’oncle, le notable prend le pas sur une orientation fondée sur les aptitudes réelles et les aspirations profondes du jeune. Cette forme de mentorat informel, bien qu’animée de bonnes intentions, manque souvent de rigueur méthodologique et perpétue des choix professionnels inadaptés aux réalités économiques contemporaines.
Enfin, le contexte macroéconomique amplifie ces fragilités. Le marché de l’emploi formel guinéen absorbe une part insuffisante des diplômés annuels, ce qui génère une frustration croissante. Sans orientation claire et sans mentor pour guider leur insertion, de nombreux jeunes sombrent dans l’inactivité prolongée, s’orientent vers l’émigration parfois irrégulière ou rejoignent l’économie informelle sans perspective de progression.
En définitive, la carence en mentorat et en orientation constitue un véritable frein au capital humain national. Elle prive la Guinée de l’énergie productive de sa jeunesse et compromet les objectifs de développement socioéconomique à moyen et long terme.
II. Vers un écosystème de mentorat productif
Face à ce constat préoccupant, il est urgent de bâtir un écosystème cohérent, multi acteur et ancré dans les réalités guinéennes. Les solutions ne peuvent être ni importées telles quelles, ni fragmentées. Elles doivent s’articuler autour de plusieurs axes complémentaires.
Premièrement, institutionnaliser l’orientation au sein du système éducatif. Il s’agit de créer, dans chaque établissement d’enseignement secondaire et supérieur, des cellules d’orientation et d’insertion professionnelle dotées de conseillers formés. Ces cellules auraient pour mission d’accompagner les élèves et étudiants dans la construction de leur projet professionnel, en s’appuyant sur des bilans de compétences, des cartographies des métiers d’avenir en Guinée, et des journées portes ouvertes en entreprise.
Deuxièmement, mettre en place un programme national de mentorat structuré. Ce programme connecterait de manière organisée les professionnels expérimentés cadres d’entreprises, fonctionnaires de haut rang, entrepreneurs, membres de la diaspora aux étudiants et jeunes diplômés. Chaque jeune bénéficierait d’un mentor attitré sur une durée définie (six mois à un an), avec des objectifs clairs et un suivi régulier.
Troisièmement, exploiter le levier numérique pour démocratiser l’accès au mentorat. Le développement d’une plateforme nationale de mentorat en ligne permettrait de dépasser les barrières géographiques. Un jeune de Labé ou de Macenta pourrait ainsi bénéficier de l’accompagnement d’un professionnel basé à Conakry ou à l’étranger, avec des ressources documentaires, des offres de formation et des annuaires d’employeurs.
Quatrièmement, mobiliser la diaspora guinéenne. La diaspora constitue un vivier de compétences considérable, encore sous-mobilisé. Des conventions de partenariat entre l’État guinéen et les associations de la diaspora pourraient formaliser cette contribution : sessions de mentorat à distance, retours d’expérience lors des vacances, co-financement de bourses d’orientation.
Cinquièmement, intégrer une dimension genre. Les jeunes femmes guinéennes font face à des obstacles supplémentaires : représentations sociales limitantes, responsabilités domestiques précoces, moindre accès aux réseaux professionnels. Des programmes de mentorat spécifiquement dédiés aux jeunes femmes, portés par des mentores femmes, s’avèrent indispensables.
Sixièmement, ancrer la culture du mentorat dans la société guinéenne. Au-delà des dispositifs institutionnels, c’est une transformation culturelle qui est nécessaire. Cela passe par la valorisation médiatique du mentorat et l’intégration de la responsabilité envers la génération montante dans les discours publics, religieux et communautaires. Car un mentor ne transmet pas seulement un savoir-faire : il transmet une vision, une confiance, une appartenance à une chaîne du succès collectif.
Le problème du mentorat et de l’orientation des jeunes Guinéens n’est pas une fatalité. Il est le produit de carences institutionnelles et de déficits culturels que des politiques volontaristes et des initiatives citoyennes coordonnées peuvent progressivement combler. La jeunesse guinéenne est un capital : il appartient à l’État, aux acteurs privés, à la société civile et à chaque professionnel qui a réussi de l’investir avec sérieux, méthode et ambition.
Oumar DIANÉ,
Sociologue-Communicant
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il y a 1 heur
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