« J’ai perdu mon œil, mais je me débrouille » : le combat d’un forgeron dont le métier est éprouvé par la modernité

il y a 2 heures 19
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Sous un soleil accablant, lunettes fumées vissées sur le visage et entouré d’outils rudimentaires, Mamadou Djouma Diallo nous accueille dans son atelier. Forgeron depuis 26 ans, cet artisan travaille aux côtés de ses quatre apprentis dans des conditions éprouvantes. Ici, chaque coup de marteau résonne comme le symbole d’un métier ancestral qui peine à survivre face aux mutations modernes et au manque criant de moyens.

Dans cet espace sommaire, où la chaleur du métal se mêle à celle du climat, Mamadou Djouma Diallo façonne, répare et redonne vie aux marmites locales. Marteau en main, penché sur une enclume, il ajuste minutieusement le couvercle d’une marmite abîmée. Mais derrière ce savoir-faire se cache une réalité plus dure : celle d’un artisan confronté quotidiennement à la précarité.

« Depuis que je suis rentré dans ce métier, cela fait 26 ans. J’ai eu un accident dans le cadre de l’exercice de ce métier, j’ai perdu mon œil, mais jusqu’à présent, je me débrouille de jour en jour. Le travail marche un peu, mais le manque de matériel nous fatigue. Nous n’avons pas de matériel de travail. Dans ce métier, nous utilisons l’aluminium comme matière première. Donc, si nous avons de l’aluminium, nous avons notre matériel », explique-t-il.

Le manque d’aluminium constitue en effet l’un des principaux obstacles à l’exercice de cette activité. Sans cette ressource essentielle, la production ralentit, les revenus chutent et la survie même de l’atelier est menacée.

À ces difficultés s’ajoute la concurrence grandissante des marmites modernes, notamment électriques, de plus en plus présentes dans les ménages urbains. Une évolution qui, selon certains observateurs, fragilise davantage les artisans locaux. Mamadou Djouma Diallo nuance toutefois cet impact.

« Cela joue un peu sur notre travail, mais comme chacun a sa chance, on ne peut pas dire que ces derniers ne vont pas faire leurs ventes. Cela joue un peu sur notre travail, mais ça n’affecte pas grand-chose puisque, concernant ces marmites électriques, il y a certaines préparations pour lesquelles tu ne peux pas les utiliser ; il faut forcément utiliser les marmites que nous fabriquons, comme pendant les cérémonies », indique-t-il.

Malgré les obstacles, Mamadou Djouma Diallo garde une certaine fierté pour ce métier qui lui a permis de construire sa vie. Formateur de quatre apprentis, il perpétue un savoir-faire transmis de génération en génération.

« Grâce à ce métier, je me suis marié, j’ai des enfants et j’arrive à subvenir à certains besoins. Toute personne désireuse d’apprendre ce métier est la bienvenue. Il y a des avantages, puisque tout ce que tu fais dans la vie, si Dieu met la bénédiction dessus, tu peux avoir ton dû. Personne ne peut avoir quelque chose sans souffrir un peu », affirme-t-il.

Cependant, les conditions de travail restent préoccupantes. L’absence d’équipements de protection, les risques d’accidents et la pénibilité du travail exposent les artisans à des dangers permanents. Le témoignage de Mamadou Djouma Diallo, qui a perdu un œil dans l’exercice de son métier, en est une illustration frappante.

« Nous demandons aux autorités de nous aider financièrement pour pouvoir acheter du matériel, nous en avons vraiment besoin », dit-il.

En dépit des risques et des difficultés, ces artisans continuent de travailler avec détermination pour répondre aux besoins des populations et faire vivre leurs familles. Un engagement silencieux qui mérite davantage de reconnaissance et de soutien institutionnel.

Yayé Oumou Barry et Mohamed Lamine Touré pour Guineematin.com

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