Guinée : Ô PDG, Syli est ton nom ! (Par Ousmane Boh KABA)

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PDG, Syli est ton nom !
C’est décidé : cette année, le gouvernement fait le grand ménage. Fini les partis qui traînent, qui encombrent, qui prennent la poussière dans le paysage politique. On sort les balais, les serpillières, les sacs-poubelle. On frotte, on récure, on jette. Quarante d’un coup. C’est propre, c’est net, c’est administratif.
Dans le lot, il y a de tout : des partis qu’on avait oubliés, des partis qu’on n’a jamais connus, des partis qui n’ont existé, que sur le papier où ils ont été déclarés, d’autres – bien vivants ceux-là qui dérangent encore assez pour qu’on rêve parfois de les ranger avec les vieux meubles. La politique, ça naît, ça vit, ça meurt. C’est la loi du genre. Personne ne pleurera ces disparitions-là.
Mais il y a un dossier qui dépasse. Un vieux dossier, épais, jauni, qui sent la naphtaline et les combats d’antan. Un dossier qu’on n’ouvre pas sans précautions, parce qu’il contient des choses fragiles : des promesses, des sacrifices, des morts, et un NON en lettres capitales qui traverse les décennies sans prendre une ride. Ce dossier, c’est celui du PDG-RDA.
Et là, Messieurs les rangeurs, permettez-moi de vous arrêter la main avant que vous ne le fourriez dans la machine avec les torchons sales de la politique ordinaire. Le PDG n’est pas un parti comme les autres. Le PDG est le parti. Le premier. L’original. Celui sans qui les autres n’existeraient même pas, parce qu’avant lui, il n’y avait rien. Que des sujets, pas des citoyens. Que des indigènes, pas encore un peuple.
Le PDG est né en 1947, à une époque où vos fauteuils de ministère n’existaient pas encore, où vos prédécesseurs servaient encore l’ordre colonial, où réclamer le moindre droit pouvait valoir la prison ou le bagne. Le PDG a grandi dans les cases, dans les plantations, dans les quartiers oubliés de la République française. Il a appris à marcher sous les matraques, à parler sous les menaces, à exister malgré l’interdiction d’exister.
Et en 1958, il a fait ce qu’aucun parti n’avait fait avant lui : il a dit NON au général de Gaulle, NON à la domination coloniale, NON à la peur. Il a choisi la pauvreté dans la liberté plutôt que la richesse dans la servitude. Ce choix-là n’est pas une ligne dans des statuts. C’est une ligne dans l’histoire du monde.
Alors quand vous dites aujourd’hui, plus de soixante-dix ans plus tard, que le PDG doit être dissous parce que ses papiers ne sont pas en règle, je veux bien vous croire sur la forme. Je ne suis pas juriste. Je ne connais pas les labyrinthes du code électoral. Je ne sais pas quels formulaires ont été mal remplis. Mais j’ai une question simple, une question de citoyen ordinaire.
Est-ce que le NON de 1958 avait ses papiers en règle ? Avait-il demandé l’autorisation préalable au ministère de l’Intérieur colonial ? Avait-il rempli le formulaire de déclaration d’intention d’indépendance en trois exemplaires, avec timbres fiscaux et accusé de réception ? Est-ce que Ahmed Sékou Touré, M’Balia Camara, Oumar Dramé, Saïfoulaye Diallo et Lansana Béavogui avaient pensé à mettre leurs statuts à jour avant de défier l’empire ?
L’histoire, Messieurs, ne demande pas la permission. Elle passe, elle frappe, elle entre. Et quand elle entre, elle ne vérifie pas si les tampons sont à jour.
Vous voulez dissoudre des partis ? Allez-y. C’est votre droit, c’est votre travail. Il y a quarante candidats au bûcher, quarante associations politiques qui n’ont pas su remplir leurs obligations. Faites place nette si vous y tenez. Personne ne vous en voudra.
Mais le PDG, laissez-le tranquille.
Laissez-le parce qu’il n’est pas à vous. Il n’est pas au gouvernement, il n’est pas à l’opposition, il n’est pas aux militants qui s’en réclament encore. Il appartient à l’histoire. Il appartient au peuple guinéen tout entier, à ceux qui l’aiment comme à ceux qui le critiquent, à ceux qui pleurent son passé comme à ceux qui lui reprochent ses fautes. Il est à nous tous, parce que sans lui nous ne serions peut-être même pas là à discuter de tout cela.
Le PDG, c’est le berceau. On peut aimer ou détester ce qui est sorti du berceau. On peut débattre, critiquer, juger. Une nation adulte se construit dans la confrontation des idées, pas dans l’amnésie. Mais on ne jette pas le berceau parce que l’enfant a mal tourné. On ne brûle pas le berceau parce qu’il ne répond plus aux normes administratives du moment.
Vous dites que c’est la loi : les statuts ne sont plus à jour, les congrès n’ont pas eu lieu, les instances ne fonctionnent plus. Peut-être. Mais quels statuts pour un parti qui a précédé l’État ? Quels congrès pour un mouvement qui a enfanté une nation ? Quelles instances pour une idée qui a traversé les décennies sans jamais vraiment mourir, même lorsqu’on a tenté de l’enterrer vivante en 1984 ?
Le PDG a déjà été dissous une fois, à la mort d’Ahmed Sékou Touré. On a cru en finir. On a changé de régime, de drapeau, d’hymne, presque de mémoire. On a essayé d’oublier. Et pourtant il est revenu. Car les partis politiques se dissolvent par décret, mais les mythes ne se dissolvent pas si facilement.
Gardez votre lessive de printemps. Lavez, frottez, récurez. Les petits partis, les opportunistes, les coquilles vides, faites-en ce que vous voulez. Mais le vieux PDG, rendez-le-nous.
Rendez-le à ceux qui savent que la Guinée n’a pas commencé en 1984, ni en 2010, ni en 2021. Rendez-le à ceux qui savent que derrière les formulaires et les tampons il y a des hommes et des femmes qui ont donné leur vie pour que nous ayons le droit de discuter, de critiquer et de contester. Rendez-le à la mémoire, cette vieille dame qui n’a jamais eu besoin d’autorisation pour exister.
Si malgré tout vous insistez, si vous décidez que le vieux PDG doit passer à la machine avec les chaussettes sales de la politique ordinaire, souvenez-vous d’une chose : le NON de 1958 ressort toujours de l’essorage. Intact. Provocateur. Insoumis. Il flottera sur Conakry comme un drapeau qu’aucune administration ne peut abaisser.
Un pays ne naît pas d’un arrêté ministériel. Il naît d’un acte de courage collectif. On peut dissoudre un parti, mais on ne dissout pas une nation. On peut poser des scellés sur une porte, mais on ne met pas l’histoire sous cadenas. On peut laver le linge sale. Mais l’éléphant, lui, ne passe pas en machine.
Le Syli est peut-être en brousse. Il dort peut-être. Il vieillit sans doute. Mais il n’est pas mort. Et quand il se réveillera, gare à ceux qui auront cru que des scellés administratifs suffisent à arrêter l’histoire.
Ni à vendre, ni à laver.
Conakry, mars 2026.
Ousmane Boh KABA
Douroussi
Syli
I khoun gbo
I sènbè gbo
I kira kérén nan kolon
Kira tin khin khi
Sésé ti mènin khon ma
Ina poutoukhoun ma nè
Kono i so dé tan
I mèni li manè
Syli a nimè

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