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Introduction
La Guinée est confrontée à des défis structurels majeurs, notamment en matière de santé publique, d’accès à l’éducation et d’inégalités territoriales. Dans ce contexte, les pratiques religieuses occupent une place centrale dans la vie sociale. Toutefois, leur intensification, en particulier les voyages répétés pour le Hadj et la Umra, interroge leur articulation avec les impératifs de développement local.
Cet article vise à analyser cette tension entre religiosité et responsabilité sociale, en mobilisant une approche interdisciplinaire.
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Cadre empirique : vulnérabilités sociales et dynamiques migratoires
Les indicateurs sanitaires en Guinée traduisent une situation préoccupante. Selon des données relayées par Guinée360, les taux de mortalité maternelle (550 pour 100 000 naissances), infantile (67 pour 1 000) et néonatale (32 pour 1 000) demeurent élevés, révélant des insuffisances structurelles du système de santé.
Par ailleurs, la question migratoire constitue un indicateur indirect de ces fragilités. Selon Organisation internationale pour les migrations (GMDAC, 2022), la Guinée est simultanément un pays d’origine, de transit et d’accueil des migrants. Les données d’Afrobarometer montrent que plus de 40 % des Guinéens ayant envisagé l’émigration privilégient l’Europe ou l’Amérique du Nord, motivés principalement par des contraintes économiques.
Ces éléments témoignent d’un déficit d’opportunités et d’un déséquilibre socio-économique structurel.
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Analyse des dépenses religieuses : un enjeu de priorisation
Le coût du Hadj 2026 est estimé à 58 325 000 GNF par pèlerin pour un quota de 10 000 personnes, soit un volume financier global dépassant 583 milliards GNF. À cela s’ajoutent les dépenses liées à la Umra, non régulées par l’État.
Ces données soulèvent une question centrale : dans un contexte de rareté des ressources, comment justifier la mobilisation de telles sommes pour des pratiques individuelles répétées, alors que les besoins collectifs fondamentaux restent insatisfaits ?
Cette interrogation relève d’une problématique de priorisation des ressources et de justice sociale.
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Cadre théorique : éthique de la responsabilité et intérêt général
4.1. L’approche kantienne : dignité et finalité humaine
Selon Immanuel Kant, l’être humain doit être traité comme une fin en soi. Cette exigence implique que les actions individuelles doivent être évaluées à l’aune de leur impact sur la dignité humaine.
Dans ce cadre, ignorer les besoins fondamentaux d’autrui dans un contexte de vulnérabilité peut être interprété comme une forme de défaillance éthique.
4.2. L’éthique ricoeurienne : vivre avec et pour les autres
Paul Ricoeur définit l’éthique comme « la visée d’une vie bonne, avec et pour les autres, dans des institutions justes ». Cette perspective met l’accent sur l’interdépendance entre l’individu et la collectivité.
Elle invite à repenser les pratiques individuelles à partir de leur contribution au bien commun.
4.3. La perspective malikite : la maslaha (intérêt général)
Dans la jurisprudence de l’ecole Malik ibn Anas, la notion de maslaha constitue un principe fondamental. Elle valorise toute action contribuant au bien-être collectif et à la préservation des intérêts essentiels de la société.
Cette approche permet de légitimer une réorientation des ressources vers des besoins prioritaires tels que la santé, l’éducation et l’accès à l’eau.
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Discussion : vers une redéfinition des priorités
L’analyse croisée des données empiriques et des théories met en évidence une tension entre religiosité individuelle et responsabilité collective.
Il ne s’agit pas de remettre en cause les pratiques religieuses en tant que telles, mais de questionner leur fréquence et leur hiérarchisation dans un contexte de contraintes structurelles.
Une réorientation partielle des ressources pourrait permettre de financer des infrastructures essentielles et de contribuer à la réduction des inégalités.
Conclusion
La question des pratiques religieuses en Guinée ne peut être dissociée des enjeux de développement. L’intégration d’une éthique de la responsabilité, inspirée à la fois de la philosophie morale et de la tradition islamique, apparaît nécessaire pour repenser les priorités collectives.
Ainsi, la conciliation entre foi et engagement social constitue un levier potentiel pour un développement plus inclusif et durable.
Par Mamadou Aliou Diallo (Lingue)
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