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Entre envois d’argent, projets communautaires et attachement aux villages d’origine, la diaspora joue un rôle central dans la transformation des localités d’origine. Mais derrière cet engagement à distance se cachent aussi des défis, des limites et un profond sentiment d’absence. Dans cet entretien, un membre de la diaspora revient sur ses contributions, ses difficultés et sa vision d’un développement local plus durable.
Ousmane Diallo originaire de Lélouma est basé en Belgique depuis 30 ans. Il a bien voulu se prêter aux questions de Guinéenews.
Lisez !
Guinéenews : Natif de Lélouma, vous vous êtes établi en Belgique depuis plusieurs années maintenant. Quelles sont les raisons qui vous ont poussées à partir ?
Ousmane Diallo : Je suis arrivé en Belgique pour poursuivre mes études supérieures déjà entamées en Guinée.
Guinéenews : Pourquoi avoir choisi de rester en Belgique après vos études ? Et depuis combien de temps ?
Ousmane Diallo : C’est à causse essentiellement du manque de perspectives en Guinée à l’époque pour les jeunes diplômés, étant donné qu’on a une famille (parents, frères et sœurs) à soutenir, on ne pouvait pas prendre le risque de rentrer et de se retrouver au chômage comme la grande majorité des diplômés au pays.
Je suis arrivé en Belgique pour la première fois le 30 mars 1997.
Guinéenews : Quels liens entretenez-vous avec votre localité d’origine ? Et à quelle fréquence retournez-vous au pays ?
Ousmane Diallo : Les liens que j’entretiens avec ma localité d’origine sont plutôt indirects, via mes parents qui habitent à Conakry et à Kindia d’une part, d’autre part via les associations de ressortissants qu’on a constituées ici en Belgique pour soutenir et accompagner des projets humanitaires et de développement local à Lélouma.
Je retourne au pays tous les ans pour voir mes parents, la famille et les amis. Ce qui me permet de garder un lien avec mon pays d’origine, malgré ces longues années de séjour à l’étranger.
Guinéenews : Vous entretenez des liens indirects avec votre localité d’origine, ça veut dire que lors de vos voyages en Guinée vous n’arrivez pas à votre localité d’origine ou bien vous y venez quelques fois ?
Ousmane Diallo : En effet, je n’ai pas eu l’occasion d’arriver dans mon village d’origine lors de mes différents séjours au pays, je me limite à Conakry et à Kindia où vivent mes parents et l’essentiel de ma famille proche. Les raisons sont entre autres l’impraticabilité des routes, le caractère court de mes séjours qui n’excèdent pas quatre semaines, ce qui est insuffisant pour toutes les activités qui m’occupent entre famille et amis. Néanmoins, j’ai l’intention de remédier à ce manquement lors mes prochains séjours.
Guinéenews : Êtes-vous membre d’une association de ressortissants de votre localité ? Si oui, avez-vous contribué à des projets communautaires ? Lesquels ?
Ousmane Diallo : Oui je suis membre de différentes associations de la diaspora qui apportent leur aide à la réalisation de divers projets dans nos localités d’origine. Parmi les plus récents on peut citer la réhabilitation de l’hôpital de Lélouma centre en matière d’adduction d’eau et d’électrification, la construction du pont de Thiaé Thormosso qui est d’ailleurs toujours en cours ou encore la réhabilitation de la grande mosquée de Téliwel qui vient d’être inaugurée, très récemment.
Guinéenews : Avez-vous investi dans votre localité (maisons, commerce, élevage, agriculture) ?
Ousmane Diallo : Oui, j’ai fait quelques réalisations au pays, mais permettez-moi de ne pas les évoquer ici.
Guinéenews : Selon vous, la diaspora contribue t- elle au développement de leur localité d’origine ?
Ousmane Diallo : Oui je pense que la diaspora contribue de manière importante au développement de leur localité d’origine, que ce soit par l’intermédiaire des associations évoquées plus haut ou à titre privé, en construisant des maisons d’habitation dans les villages.
Guinéenews : Quels sont selon vous, les principaux changements observés, grâce à la diaspora ?
Ousmane Diallo : Ces changements sont observés, principalement, dans la construction et la réhabilitation d’infrastructures (routes, ponts, écoles, centres de santé, mosquées), dans l’électrification et dans l’adduction d’eau potable, dans les villages.
Guinéenews : Quels sont les secteurs les plus impactés ?
Ousmane Diallo : Le secteur le plus impacté est sans doute celui des infrastructures citées précédemment. Mais il faut également mentionner l’équipement de certaines de ces infrastructures, notamment les centres de santé, sans oublier l’assistance financière apportée aux familles qui assure la dépense quotidienne et qui permet de payer les frais de scolarité, les soins de santé, etc.
Guinéenews : Rencontrez-vous des difficultés pour investir au pays ?
Ousmane Diallo : Oui nous rencontrons d’énormes difficultés en voulant investir au pays, à tel point que beaucoup d’entre nous y ont carrément renoncé. Parmi ces difficultés, il y a en premier lieu, le manque de sécurité des investissements. L’exemple le plus connu c’est lorsqu’on souhaite faire l’acquisition d’un terrain, on n’est jamais certain d’être à l’abri des escrocs. Il y a aussi d’autres freins, comme les infrastructures, la main d’œuvre qualifiée, la corruption, le manque de fiabilité des contacts sur place, etc.
Guinéenews : Aujourd’hui dans de nombreuses localités, c’est vrai que la diaspora porte le poids des dépenses (nourriture, habits, scolarité, santé) d’un côté, de l’autre (les infrastructures). Au-delà de ça, que pensez-vous de ce vide (physique) que ces nombreux départs entrainent dans ces localités ? Leur impact réel sur la communauté rurale ?
Ousmane Diallo : Ces départs sont vraiment regrettables, car les villages se vident, les maisons sont à l’abandon. Les personnes âgées se retrouvent seules sans soutien proche. Ces localités ne peuvent pas se développer dans ces conditions. Au contraire, à cette allure, elles sont vouées à disparaître à terme, si la tendance ne s’inverse pas.,
Guinéenews : Alors, pour tout dire, le départ massif des jeunes est-il bénéfique ou négatif ? Pourquoi ?
Ousmane Diallo : Je dirais que le départ massif des jeunes a un impact plutôt négatif, car cela représente avant tout une fuite de cerveaux et une perte de bras valides pour le pays. En effet, la grande majorité, pour ne pas dire la totalité des étudiants qui partent ne reviennent pas. Et si on regarde de près, le profit des jeunes qui suivent la filière clandestine, c’est généralement ceux qui ont plutôt le goût du risque, qui sont capables de construire leur projet de départ et de le mener jusqu’au bout, ce qui constitue, en vérité, des qualités essentielles pour réussir sur place.
Guinéenews : Entre nous, permettez-moi de vous demander quelles conditions peuvent encourager votre retour ou vos investissements au bercail ?
Ousmane Diallo : C’est une question complexe, je serais tenté de dire qu’il y a autant de conditions que de profits. En effet, pour des personnes qui sont là, depuis très longtemps, qui ont fondé une famille avec des enfants scolarisés, entamé une carrière et qui pour certains ont acheté des maisons ou appartements ici, il faut un projet très ambitieux pour les faire quitter leur vie ici. Je ne pense pas qu’elles quitteraient tout ça, uniquement pour aller chercher une meilleure vie là-bas au pays des blancs. Ils ne partiront que s’ils sont convaincus que leur retour peut véritablement servir leurs compatriotes, qu’ils vont apporter une plus-value au pays, ce qui vaudra le sacrifice de quitter ce qu’elles ont construit durant toutes ces années. A côté de ces considérations-là, il y a les jeunes étudiants fraîchement diplômés et les autres qui sont là, depuis peu, qui n’ont pas encore construit toute leur vie ici : ces catégories peuvent envisager le retour plus facilement que les premiers, à condition bien sûr que certaines conditions soient satisfaites : que le marché de l’emploi puisse les absorber ou que les conditions soient créées pour qu’ils puissent lancer leur propre business.
Guinéenews : Quels projets prioritaires devraient être développés pour inciter les jeunes à rester sur place et encourager votre retour ?
Ousmane Diallo : A mon avis, on devrait mettre en avant prioritairement des projets dans les domaines agricoles et d’élevage, car c’est un domaine très porteur, eu égard aux potentialités naturelles de notre pays. Ensuite, il faudrait encourager les jeunes à aller vers les NTIC, pas seulement dans l’utilisation des produits venant d’ailleurs, mais pour construire des produits et solutions locaux qui tiennent compte de nos réalités spécifiques. Je pense justement qu’on devrait d’abord travailler à retenir les jeunes sur place et les empêcher de partir avant d’essayer de faire revenir ceux qui sont déjà partis.
Guinéenews : Quel message souhaiteriez-vous adresser aux autorités locales, aux populations restées sur place et à la diaspora ?
Ousmane Diallo : J’encourage les autorités locales à utiliser au mieux le peu de ressources à leur disposition, dans l’intérêt exclusif de leurs administrés. Elles devraient faire preuve de créativité, afin d’initier des projets qui ne demandent pas trop de moyens, en faisant participer la population. Je pense notamment à l’assainissement de leur environnement de vie ou des campagnes de sensibilisation sur différents sujets comme la santé, l’éducation, etc. Elles peuvent utiliser des canaux de communication tels que les radios rurales ou même les réseaux sociaux. Quant à la diaspora, je leur demanderai de toujours garder un lien avec le pays d’origine, de continuer à aider leurs proches là-bas à titre individuel ou par l’intermédiaire des associations. Je leur demanderai également de faire l’effort pour bien s’intégrer dans leur pays d’accueil, en respectant les lois et les règles en vigueur dans ces pays.
Entretien réalisé pour Guinéenews par Abdourahamane Barry
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il y a 2 heures
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