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Contrairement à certains pays africains, tel que le Burkina Faso, le mariage coutumier qui est défini comme est une union célébrée selon les traditions d’une communauté ou d’un groupe ethnique, sans acte officiel de l’État, mais reposant sur le consentement des époux, le versement d’une dot et la participation de la famille, créant ainsi des droits et obligations au sein de la communauté et qui touche une majorité de couples, n’est toujours pas légalement reconnu en Guinée.
Il est injuste qu’une veuve mariée de manière coutumière pendant 20 ans puisse être écartée de la succession au profit d’une coépouse mariée civilement depuis seulement un an.
Rencontrés par notre rédaction, des jeunes, des religieux et même des juristes, s’accordent sur la nécessité d’une réforme pour garantir une meilleure protection des familles et un cadre juridique adapté en valorisant nos coutumes ancestrales.
Rencontré à Sonfonia, le jeune Dagba Mansaré, a laissé entendre ceci : « le mariage coutumier en Guinée n’est pas encore légalement reconnu, et beaucoup de gens le comparent au mariage civil et religieux. Cependant, plusieurs craintes persistent vis-à-vis du mariage civil, notamment en ce qui concerne l’héritage de la femme après le décès de l’homme. Beaucoup pensent que la femme pourrait hériter de tout, ce qui pourrait nuire à la famille du mari, mais cette idée est fausse. En islam, par exemple, l’héritage est partagé, et la femme peut effectivement hériter de son mari, tout comme l’homme peut hériter de sa femme. Un exemple concret est celui d’une nièce dont le mariage a échoué en raison de l’hésitation du futur mari à passer par la mairie, craignant que la femme ne récupère tous ses biens en cas de divorce. Nous avons beau expliqué que ce n’est pas obligatoire d’opter pour la communauté des biens, mais il n’a pas voulu comprendre, alors le mariage n’a pas eu lieu. »
Selon lui, pour résoudre ces problèmes, il est nécessaire que l’État guinéen légalise le mariage coutumier, à l’instar du Burkina Faso. « Cela permettrait d’harmoniser les différentes formes de mariage sous une même législation et d’éviter toute confusion ou inégalité, en prenant en compte à la fois les lois civiles et les principes religieux sans discrimination. »
Pour Joseph Douanamou, l’exemple de l’Église catholique montre toute l’importance du mariage coutumier: « (…) Pourtant, nous sommes Africains : si nous ne valorisons pas nos propres coutumes, personne ne le fera à notre place. Chez les catholiques, aucun mariage religieux n’est célébré sans le mariage coutumier et civil. Cela prouve que le mariage coutumier est une étape fondamentale, et non un simple rite symbolique », souligne-t-il. Selon lui, sa légalisation permettrait de reconnaître officiellement une réalité déjà vécue par la majorité des familles guinéennes, de protéger les femmes et les enfants, et de valoriser les traditions tout en leur donnant un cadre juridique.
Contacté pour son expertise, Karomoko Djaïla Barry, maître coranique, tout en rappelant l’importance du mariage dans la religion, apporte son soutien à la légalisation du mariage coutumier: « l’Islam accorde une grande importance à la stabilité du foyer et à la protection des droits de la femme et des enfants. Le mariage coutumier, lorsqu’il est célébré selon les rites traditionnels, constitue déjà un engagement sacré devant la communauté. Cependant, la reconnaissance juridique de cet engagement présente plusieurs avantages au regard de la charia : la loi civile garantit la dot, l’héritage et la pension alimentaire, ce qui correspond à la justice que l’Islam appelle à appliquer. En obligeant les parties à enregistrer le mariage, on évite les mariages clandestins qui peuvent mener à l’exploitation ou à la répudiation sans justification. Un mariage officiellement reconnu renforce la solidarité familiale et communautaire, valeurs encouragées par le Coran (Sourate 49, verset 10 : « Les croyants sont frères »).Il faut toutefois veiller à ce que la procédure légale n’impose pas de conditions contraires aux principes islamiques, comme l’obligation d’une cérémonie religieuse supplémentaire si elle n’est pas requise. L’objectif doit rester la protection des parties tout en respectant les pratiques coutumières. En résumé, la légalisation du mariage coutumier est compatible avec les enseignements de l’Islam, à condition qu’elle serve à renforcer la justice, la protection des faibles et la stabilité du foyer. »
Me Valentin Khaaba Kamano, juge au Tribunal de Première instance de Dixinn, apporte une perspective juridique intéressante. Il explique que le Code civil guinéen n’a pas encore intégré le mariage coutumier de manière formelle. Cependant, avec l’adoption de la loi L/2023/0020/CNT portant sur l’état civil en Guinée, des progrès ont été réalisés. Selon cette nouvelle législation, le mariage coutumier peut désormais être célébré dans un lieu de culte ou tout autre lieu homologué, et aura une valeur juridique s’il est transcrit dans un registre d’état civil.
Mais il précise : « Le mariage coutumier redore peu à peu son blason, mais des difficultés pratiques subsistent. Par exemple, si un époux meurt, son conjoint survivant n’a aucun droit légal à l’héritage. Il faut donc que l’union soit doublée d’un passage devant un officier de l’État civil pour garantir les droits des époux. »
Il conclut en soulignant l’importance de la reconnaissance juridique : « il est essentiel que ce vide législatif soit comblé pour que les femmes, particulièrement les veuves, puissent être protégées dans leurs droits successoraux. Il est injuste qu’une veuve mariée de manière coutumière pendant 20 ans puisse être écartée de la succession au profit d’une coépouse mariée civilement depuis seulement un an. »
Christine Finda Kamano
L’article Appels à la légalisation du mariage coutumier en Guinée : « exclure une veuve mariée coutumièrement de la succession est injuste » est apparu en premier sur Mediaguinee.com.
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