8 mars en Guinée : un jour de parade, 364 jours de souffrance 

il y a 1 jour 26
PLACEZ VOS PRODUITS ICI

CONTACTEZ [email protected]

Une journée de célébration, trois cent soixante-quatre jours de silence. En Guinée, le 8 mars est devenu au fil du temps un rendez-vous festif où les discours se multiplient, pendant que les violences, les inégalités et l’exclusion des femmes des sphères de décision continuent presque dans l’indifférence générale.

Au fil des années, la Journée internationale des droits des femmes semble s’être transformée en une mise en scène officielle bien rodée. Dans les rues de Conakry et des grandes villes du pays, les défilés colorés, les pagnes uniformisés, les spectacles folkloriques et les cérémonies de distinctions se succèdent.

Autorités, institutions et invités de marque défilent à la tribune, sous l’œil des caméras, pour saluer les « exploits » des femmes guinéennes.

Mais derrière ce décor festif, la réalité reste souvent brutale. Pour beaucoup de femmes, le 8 mars ressemble davantage à un rituel symbolique qu’à un véritable moment de remise en cause des injustices qu’elles continuent de subir.

Promesses politiques et réalité du pouvoir
Le 8 mars 2026 intervient dans un contexte où plusieurs engagements politiques en faveur des femmes restent largement inachevés. L’espoir, un temps évoqué, de voir une femme accéder à la primature n’aura finalement été qu’une illusion pour de nombreuses militantes.

La représentation féminine au sein de l’exécutif reste, elle aussi, en deçà des engagements constitutionnels. La Constitution de 2025 prévoit pourtant un quota d’au moins 30 % de femmes dans les postes décisionnels. Dans le gouvernement de la Cinquième République dirigé par le Premier ministre Bah Oury, seules 7 femmes occupent des portefeuilles sur 29 ministères, soit 24,14 %, un niveau inférieur au seuil fixé par la loi fondamentale.

Ce décalage contraste avec les déclarations du président Mamadi Doumbouya, qui affirmait lors de son investiture : « Ce mandat est pour les femmes, parce qu’il n’y a pas de développement durable sans leur pleine participation. Elles sont la force motrice de notre économie et de notre société.» Des paroles fortes, mais que la réalité politique peine encore à confirmer.

Violences persistantes et vies brisées

Au-delà de la question de la représentation politique, la situation des femmes guinéennes reste marquée par des violences récurrentes : violences conjugales, agressions, viols, excision ou harcèlement.

Selon le bilan annuel 2025 du Club des jeunes filles leaders de Guinée (CJFLG), relayé par Le Lynx, l’organisation affirme avoir pris en charge plus de 200 cas de violences au cours de l’année écoulée.

Pour sa secrétaire exécutive sortante, Oumou Khaïry Diallo, ces chiffres révèlent une réalité alarmante. Derrière ces statistiques, ce sont des vies brisées. Elle cite notamment plusieurs drames qui ont marqué l’opinion : Adama, tuée par son mari ; la petite Sayon, violée puis assassinée ; ou encore la jeune Awa, morte des suites d’une excision.

Ces affaires ont bouleversé l’opinion parce qu’elles ont été médiatisées. Mais la violence ne s’arrête pas aux cas rendus publics. Pour chaque drame qui fait la une, combien d’autres restent enfermés dans le silence des concessions et des quartiers ?

Comme le rappelle Oumou Khaïry Diallo : « Loin des caméras, dans un village reculé comme dans un quartier huppé, chaque jour une femme ou une jeune fille est privée de ses droits les plus fondamentaux, violentée dans son corps et atteinte dans sa dignité.»

Des politiques publiques aux conséquences sociales

Certaines décisions publiques ont également fragilisé de nombreuses femmes, notamment dans la capitale. Après les dernières élections, une vaste opération de déguerpissement a été lancée à Conakry et dans plusieurs villes du pays.

Dans la capitale, ces opérations ont touché en grande partie des activités économiques informelles, largement tenues par des femmes. Résultat : des milliers de familles ont perdu leur principale source de revenus. Si certaines ont été recasées, beaucoup peinent encore à reconstruire leur quotidien.

Redonner un sens au 8 mars

Face à ces réalités, la Journée internationale des droits des femmes ne peut plus se réduire à une succession de défilés, de pagnes et de discours officiels. Elle devrait être un moment de vérité, un temps de bilan et d’engagement.

Plusieurs priorités apparaissent aujourd’hui évidentes :

respecter les quotas constitutionnels et garantir une réelle présence des femmes dans les sphères de décision ;

mettre fin à l’impunité des violences faites aux femmes et aux filles ;

protéger et accompagner les victimes ;
renforcer l’autonomisation économique et sociale des femmes.

Car au fond, la question est simple : le 8 mars doit-il rester une vitrine symbolique ou devenir un véritable levier de transformation sociale ?

Une chose est sûre : les discours n’arrêtent pas les violences. Les femmes guinéennes n’ont pas seulement besoin d’être célébrées une fois par an. Elles ont besoin d’être protégées, respectées et pleinement associées aux décisions qui façonnent leur avenir.

Tant que les femmes seront davantage célébrées que protégées, le 8 mars en Guinée restera une fête sans véritable justice.

L’article 8 mars en Guinée : un jour de parade, 364 jours de souffrance  est apparu en premier sur Guinee360 - Actualité en Guinée, Politique, Économie, Sport.

Lire l'article en entier