Violences faites aux femmes en Guinée : des ONGs de défense des droits de l’homme dénoncent l’impunité et les dysfonctionnements de la Justice

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Réunies au sein d’un collectif, les organisations de défense des droits de l’homme (Mon enfant ma vie, F2DHG, Club des jeunes filles leaders de Guinée, AMALI, GRIF, OGDH) ont animé une conférence de presse à Conakry ce samedi, 21 mai 2022, pour dénoncer la « banalisation » par la justice des dossiers de violences faites aux femmes en Guinée. Dans une déclaration lue par Me Halimatou Camara, membre de l’organisation guinéenne des droits de l’homme (OGDH), ce collectif a exprimé son indignation face à « l’impunité et les dysfonctionnements de l’appareil judiciaire guinéen » sur les questions de violences basées sur le genre, rapporte Guineematin.com à travers un de ses journalistes.

Selon ce collectif d’organisations de défense des droits de l’homme, le nombre dossiers de viol et d’infractions connexes liées aux violences basées sur le genre ne cesse de croitre dans les tribunaux. Mais, la lenteur des procédures et les nombreux dysfonctionnements structurels qui minent la chaîne pénale constituent un véritable frein à l’aboutissement de ces dossiers.

Me Halimatou Camara, membre de l’OGDH

« En novembre dernier, le pays entier était dans l’émoi face à la disparition tragique de feue M’Mah Sylla. Cette jeune femme qui avait été violé à plusieurs reprises dans une clinique médicale. Elle y contractera une grossesse, demandera de l’aide à ses bourreaux pour procéder à l’interruption de la grossesse issue du premier viol. Elle subira d’autres viols au cours de ce processus. Plusieurs interventions chirurgicales dans deux cliniques médicales sous-équipées avaient pour but d’étouffer les viols, l’avortement, ainsi que l’incompétence des médecins mis en cause.

Le 14 octobre 2021, le procureur de la République près le tribunal de première instance de Mafanco avait visé les infractions de viol, avortement, administration de substances nuisibles, et saisi un juge d’instruction dans son réquisitoire introductif. En l’espace de 8 mois d’investigations, le magistrat instructeur a été changé quatre fois. L’État guinéen s’était pourtant engagé à faire juger rapidement cette affaire. L’attente de l’ouverture de ce procès, pour enfin situer les responsabilités des présumés auteurs du décès de feue M’mah Sylla, se prolonge donc. Il y a quelques jours environs, un nouveau juge a été saisi du dossier et celui-ci s’apprête en moins d’une semaine à communiquer la procédure au ministère public pour son réquisitoire définitif. À ce stade, nous affirmons qu’il est important que cette accélération ne soit en réalité du travail bâclé. Nous, Mon enfant Ma vie, F2DHG, Club des jeunes filles leaders, AMALI, GRIF, OGDH, sommes d’autant plus impatients que le nombre de dossiers de viol et d’infractions connexes ne cessent de croître. Nous dénonçons l‘impunité et les nombreux dysfonctionnements structurels qui minent la chaîne pénale », a déclaré Me Halimatou Camara.

S’exprimant sur un autre cas de violence qui a coûté la vie à Aissatou Sow, Maître Halimatou Camara a dénoncé la décision du tribunal correctionnel de Dubréka qui a décidé d’écarter les charges qui pesaient contre les prévenus.

Me Halimatou Camara, membre de l’OGDH

« Dans une décision assez contestable du 27 avril dernier dans la tragique affaire de viol et d’actes de barbarie subie par feue madame Barry Aissatou Sow, le tribunal correctionnel de Dubréka a décidé d’écarter les charges qui pèsent sur deux médecins qui ont reçu la victime dans une structure dénommée ‘’Association Guinéenne pour le Développement et l’Assistance Sanitaire’’. Feue Aissatou Sow, victime de viol et d’actes de barbarie, est décédée le 16 mars 2022. Après une laparotomie (ouverture de l’abdomen) dans cette clinique sous-équipée, sans service de réanimation, environ 6 heures après son agression violente. Donc, il est important de rappeler que le ministère public avait requis la relaxe dans cette affaire. La lutte contre l’impunité semble encore être une utopie dans notre pays où il est difficile d’avoir une lisibilité de la politique pénale contre le viol, les violences obstétricales et infractions connexes », s’est indignée Me Halimatou Camara.

Pour Moussa Yéro Bah, présidente de l’ONG F2DHG, les viols se passent au quotidien. Mais, « il y a une banalisation » de ces cas de viol au niveau de la justice.

Moussa Yero Bah, présidente de l’ONG F2DHG

« Au niveau de notre organisation nous avons eu à enregistrer une vingtaine de cas. Pour ces dix derniers jours, on a enregistré une douzaine de cas. Des statistiques cumulées au niveau de l’OPROGEM, de la BSPPV, du service de médecine légal font 1000 cas… Nous prenons en compte uniquement les cas pour lesquels nous sommes saisis ou les cas qui sont médiatisés. Tout récemment, on parlait de 8 filles qui ont été doigtées à Siguiri. J’ai été appelé tout à l’heure par un maître d’atelier de couture qui me disait que son apprenti été victime de viol hier. C’est pour vous dire qu’on a l’impression que cela se passe au quotidien. Il y a une banalisation, nous ne comprenons pas », a déploré Moussa Yéro Bah.

Moussa Yero Bah, présidente de l’ONG F2DHG

Mohamed Guéasso DORÉ pour Guineematin.com

Tél. : +224 622 07 93 59

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