Sur les traces de Dr Gueye, cet ex-basketteur, ex-arbitre, ex-médecin sportif du Hafia, membre de la Fiba, qui a donné 61 ans de vie à la Guinée (entretien)

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Il s’appelle Dr. Gueye Aboubacar plus connu sous le sobriquet de ‘’Goose’’.

Il est né le 2 janvier 1943 à Agboville, en Côte d’Ivoire, fils de feu Malick et Hadja Aïda Touré. D’origine Sénégalaise, il a opté pour la nationalité guinéenne à cause de sa maman qui est elle-même Guinéenne. Marié à une femme, il est père d’un enfant.

Dr Gueye a débuté ses études primaires et secondaires à l’école du Centre de Conakry. Il poursuivra son cycle secondaire au lycée classique de Donka. Orienté à Kankan pour l’année propédeutique, il bénéficiera d’une bourse d’études pour l’Allemagne démocratique, où il continuera ses études supérieures en médecine.

Après la faculté de médecine, en tant que basketteur et repéré par les autorités guinéennes d’alors qui s’étaient inscrites dans une politique d’africanisation des postes, il a été amené par feu ministre Mamady Keita à faire la médecine du sport. Bien qu’il avait envie de se spécialiser en orthopédie.

En 1972, il obtint son Doctorat en médecine et fera 3 autres années en spécialité (Médecine de sports) pour finalement rentrer en Guinée en 1975.

Dr Gueye fut nommé dès son arrivée, Directeur du centre national de Médecine de sport en remplacement du Docteur Schneider de nationalité Allemande.

En compagnie d’une femme qui assurait les rôles de laborantine et d’un infirmier, il s’évertuera à rendre ce service opérationnel et institutionnel.

A l’époque, le football était le sport favori. Bien que le rôle dévolu à cette direction fût transversal.

En 1975, Docteur Gueye a été affecté au niveau du Hafia football club de Conakry et le Syli national en qualité de médecin sportif. Le rôle principal assigné auparavant était de prendre en charge toutes les équipes sportives de toutes les disciplines confondues. Il a vécu les deux dernières triomphes du champion d’Afrique 1975 et 1977, avant la première consécration de 1972 au Nakivubo stadium de Kampala.

Docteur Gueye, dit-il, seul médecin sportif à l’époque a servi toutes les équipes nationales des différentes disciplines et a contribué à la formation du personnel trouvé en place. Celui-ci se substituait à lui pour servir en qualité d’agents la médecine du sport du pays.

En sa qualité de médecin, il a supervisé 8 Coupes d’Afrique des Nations aux côtés du Syli national. Il a été membre de la commission médicale de la CAF où il a assuré le contrôle anti-dopage durant une dizaine d’année.

Médecin sportif formateur dans plusieurs pays d’Afrique, il a pris sa retraite en 2006, une année à la quelle Docteur Gueye a accompagné le Syli national à Alexandrie où notre sélection nationale, après un brillant parcours, a perdu en quart de finale contre le Sénégal.

Sociétaire de l’équipe nationale de Basketball, Docteur Gueye a été un brillant basketteur qui a su allié la médecine du sport et le Basketball.

Votre site électronique Guinéenews a rencontré cet homme haut sur jambe et très diminué aujourd’hui à cause de son état de santé, à son domicile, sis au quartier Nongo.

De son arrivée au Basketball, sa formation en médecine et sa spécialisation en médecine de sport, Docteur ‘’Goose’’ nous tiens en haleine et déroule son riche parcours dans ces deux domaines.

De son état de santé actuellement fragile, il s’explique là-dessus, retrace ses beaux et mauvais souvenirs et lance un cri du cœur en faveur des acteurs du secteur des arts, de la culture et des sports en Guinée. Lisez !

Guinéenews : vous aviez été très polyvalent en matière de sport et finalement votre choix fut porté sur le Basket. Comment êtes-vous arrivé là et retracez-nous votre parcours ?

Docteur Gueye : je suis un enfant de Conakry et à l’époque, nous étions repartis entre 3 disciplines selon les situations géographiques. Ceux qi étaient au Château d’eau, du côté d’Almamya, s’étaient penché vers le Basketball, le volley-ball et le Football puisque disposant des installations pour la pratique. Nous qui étions à côté aussi et personnellement, vu ma taille, j’ai opté pour le Basketball.

Il faut rappeler que j’avais un oncle qui était un grand joueur de Basket au temps colonial. Il jouait dans un club français et avec lui, je partais tous les mercredis pour suivre le championnat, j’avais entre 8 et 9 ans. C’est en ce moment, que j’ai commencé à fréquenter les terrains de Basket en utilisant le Michelin pour imiter les Basketteurs.

Quand je suis entré au lycée classique, après un test, je fus retenu dans l’équipe minime de Basket puisque j’avais déjà acquis au préalable des notions. Entre l’équipe minime, celles cadette et junior, j’ai vite franchi le cap.

J’ai été recruté dans l’équipe nationale de Basket en 1961. Et au mois de mars de la même année, j’ai livré mon premier match international contre le Mali à Conakry. En 1962, j’ai participé au 1er championnat africain de Basket au Caire. Il faut signaler que la Guinée est membre fondateur de l’AFABA (Association des Fédérations Africaines du Basket-ball Amateur), qui deviendra plus tard la FIBA (Fédération Internationale de Basket-ball Amateur) repartie en Zones.

Avec la sélection nationale, j’ai joué 72 matchs internationaux, entrecoupés avec mes activités de Médecin de sport.

Guineenews : pendant votre parcours en tant qu’international guinéen, aviez-vous gagné des trophées ou distinctions sur le plan africain ?

Docteur Gueye : des trophées, je dirai non et sauf qu’il faut reconnaitre qu’à l’époque où on jouait, le Basket Ball était dominé par le Sénégal. Même les pays du nord n’étaient pas au top. Nous n’avions pas eu de trophées, seulement que nous étions comptés parmi les 5 ou 6 meilleures équipes nationales de l’Afrique.

Guinéenews : vous avez raccroché en 1975 et pourtant vous étiez toujours présent sur ce béton rectangulaire. Expliquez-nous la suite ?

Docteur Gueye : c’est vrai que j’ai raccroché en 1975, mais je n’avais pas encore tout donné au Basketball. J’ai arrêté à cause du football en tant que Médecin de sport, fonction qui m’éparpillait et m’éloignait du terrain de Basketball. C’est ainsi pour encore revenir dans ce sport, je me suis recyclé en arbitrage. J’ai été arbitre international de Basketball de la FIBA de 1976 à 1990. J’ai dirigé sous cette casquette 40 matchs internationaux dont des finales. Encore passionné de ce béton rectangulaire et sachant que je peux encore servir ce sport, je me suis reconverti en commissaire technique de Basketball. Je supervisais les matchs internationaux en tant que commissaire délégué de la FIBA pendant près de 5 ans.

Sur le même parcours, la FIBA a sollicité ma présence pour me faire élire à un congrès en qualité d’acteur dirigeant. J’ai été élu à Ouagadougou en 2006, comme Président de la commission médicale. C’est-à-dire que je devais m’occuper de tout ce qui est médecine en Afrique au compte du Basket. Qu’il s’agisse de la formation, le suivi médical, les contrôles anti-dopage, le contrôle des âges et autres du domaine. Nous continuons à travailler en équipe depuis 2006.

 Guinéenews : malgré votre état de santé, vous exercez toujours cette fonction de Président de cette commission médicale ?

Docteur Gueye : je suis toujours Président de cette commission médicale et cette commission est membre du bureau central de la FIBA. Certes que mon état de santé est plus ou moins affecté et avec cette pandémie, les activités sont beaucoup réduites. Présentement, je suis un peu malade.

Guinéenews : pouvez-vous nous situer sur votre état actuel de santé ?

Docteur Gueye : en fait tout au début, je n’ai pas eu de la chance dans ma vie. Je ne pensais pas continuer mes études. Car à 16 ans, j’avais un niveau très élevé dans le Basketball. Je pensais que j’aurai fait la carrière, c’est-à-dire allé en professionnel. En France et à cette époque, il y avait des compatriotes qui évoluaient dans les championnats français, notamment Yves Guichard, Aribot Ousmane et autres.

C’est après, j’ai eu une grave fracture au genou en 1962 qui m’a pénalisé pendant deux ans. C’est en 1964 que j’ai repris tout en trainant le pied. J’ai fait toute ma carrière avec ce handicap qui m’a beaucoup limité dans la pratique du Basket.

Actuellement, plusieurs autres maladies se sont greffées avec l’âge. J’ai eu un problème cardiaque ce qui est normal pour un sportif qui abandonne le sport. C’est un infarctus que j’ai eu et dont j’ai pu traiter en Côte d’Ivoire. Ensuite j’ai fait une sciatique que je gère à l’heure actuelle.

Le plus important, c’est la destruction des deux têtes de fémurs que je porte et qui ont été abimées suite à la pratique du Basket, dues aux contraintes, aux sauts, aux atterrissages. Ces têtes de fémurs ont été remplacées à Tunis et à l’heure actuelle, je porte deux prothèses de hanches qui ont entrainé en même temps un canal lombaire aigu. Il y a deux ans de cela, j’ai été aussi opéré au niveau de la colonne vertébrale et je porte des plaques à ce niveau. 

Guinéenews : vous avez eu un parcours élogieux en tant que Basketteur et Médecin de sport. Racontez-nous quelques beaux et mauvais souvenirs qui subsistent encore en vous ?

Docteur Gueye : mon plus beau souvenir et le tout premier, c’est quand je me suis revu à 16 ans et demi, membre d’une sélection nationale de Basket en train de jouer parmi mes ainés (Fawler Jacques, Konaté Moustapha, Karim Aribot, N’Diaye Boubacar et autres…) C’est un souvenir que je ne peux pas effacer.

La plus belle période de ma vie, je l’ai passée en compagnie du Hafia football club qui était composé que d’amis, des frères et des copains d’âge (Chérif Souleymane, Ibrahima Calva Fofana, Ibrahima Sory Kéita ‘’Petit Sory’’ et autres). Nous avions fréquenté l’école ensemble et finalement, je suis devenu leur médecin et l’ami sincère. Le football et les footballeurs ont constitué ma famille. C’est un beau souvenir que je vis encore.

Le plus mauvais souvenir, c’est la défaite que j’ai connue contre le Sénégal en demi-finale à Alexandrie, en Egypte, en 1975. Et c’était le dernier match de ma carrière que je voulais gagner et malheureusement, je l’ai perdu par un point (82 -81).  C’était en club des champions et j’avais joué au compte du club de basket de Conakry 1.

J’avais à cœur de gagner cette demi-finale pour affronter en finale le stade malien, afin d’avoir au moins dans le parcours un trophée. Ce qui n’a pas eu lieu. C’est un mauvais souvenir.

Un autre souvenir qui me revient, c’est une anecdote qui s’est passée en Chine lors d’une des visites de la sélection nationale. En plein match contre une équipe d’une province, vous savez les chinois sont petits et rapides. Donc, ils étaient sur tous les flancs sur le terrain. Et subitement, très fatigué, notre capitaine d’équipe, plus âgé et qui a beaucoup couru avait demandé un temps mort à l’arbitre pour signifier simplement que les chinois sont plus nombreux que nous sur le terrain. Il procède au décompte, et il oublie de se faire compter et ce qui faisait quatre joueurs du côté guinéen. Alors là, après le match, allez y comprendre la suite (moqueries). C’est un souvenir qui me revient à chaque moment.

Guinéenews : au constat, vous êtes à l’abri du besoin comparativement à d’autres anciens sportifs, artistes ou musiciens. N’êtes-vous pas humainement choqué quelque part, N’avez-vous pas un cri du cœur qui vous ronge. Peut-on percer l’abcès du fond du cœur ?

Docteur Gueye : certes que je suis plus ou moins stable ou moins nécessiteux par rapport à beaucoup. Sachez que moralement, je suis profondément choqué face à la vie que mènent plusieurs d’entre nous. J’ai des camarades de promotion qui sont encore vivants et je ne sais même pas, s’ils peuvent se procurer les trois plats par jour. Ils ont défendu les couleurs nationales. Il est temps de fournir de l’effort pour récapituler tous ces gens qui se sont sacrifiés pour le pays. Tout ce monde mérite une reconnaissance par des récompenses. Et je le dis et l’assume que l’Etat n’a jamais rien fait pour nous.

L’hymne national d’un pays est joué pour le Président. Et après, il se joue pour distinctes personnes, notamment les sportifs. Nous avions représenté notre pays à tous les niveaux. Il faut être reconnaissant, j’ai connu la fin douloureuse de plusieurs footballeurs. Soumah Soriba ‘’Edenté’’, Aly Sylla ‘’Tostao’’, Alioune Keita ‘’N’Joléah’’ et tant d’autres, paix à leurs âmes. Pour vous donner un exemple de patriotisme, j’ai eu l’opportunité de rencontrer Jean Camara, ex-international Sénégalais qui est fan de feu Soumah Soriba ‘’Edenté’’. Curieux d’avoir ses nouvelles d’antan, je n’ai pas hésité de lui dire que ce grand footballeur trainait la savate à Conakry. Cet international sénégalais vit bien et a eu un marché concernant les caniveaux de Dakar. Il avait allié études et sports. Je conseille à la jeune génération d’en faire autant.

Ne pas s’occuper de tous ces anciens qui ont servi le pays, est un lourd péché qui comporte des conséquences qui entrainent un tas de malheurs.

 

Entretien réalisé par Abdoul Ly

 

 

 

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