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À Sonfonia, les traces laissées par les bulldozers sont encore visibles. Quelques jours après l’intervention conjointe de la police et de la gendarmerie, les gargottes installées en face de l’Université Général Lansana Conté ont été entièrement rasées. Cette opération ne constitue toutefois pas un cas isolé : elle s’inscrit dans une vaste campagne de déguerpissement engagée par les autorités guinéennes dans la capitale Conakry, visant les occupations jugées anarchiques du domaine public.
Sur le terrain, les conséquences sociales de cette mesure sont immédiates. Il est 11 heures passées ce lundi. Sous un soleil ardent, l’heure de la pause universitaire a perdu son caractère familier. Là où se dressaient autrefois des points de restauration populaires, accessibles et ombragés, il ne reste désormais qu’un espace nu. Pour de nombreux étudiants, se nourrir est devenu un véritable casse-tête.
Rencontré devant le campus, Yero Bah, étudiant à l’Université Général Lansana Conté, décrit une situation qu’il juge « alarmante ». « Les étudiants vivent une situation déplorable depuis le déguerpissement des femmes vendeuses. C’étaient les seules cantines accessibles et favorables pour nous. Aujourd’hui, il n’y a plus de places pour s’asseoir et nous mangeons sous le soleil. Nous demandons aux autorités compétentes et universitaires de prendre des mesures urgentes », a-t-il déploré.
Même constat chez Saa Daniel Mara, étudiant en troisième année au département de Lettres modernes. « Avant, à la pause, on mangeait tranquillement, à l’ombre, sans souffrance. Mais actuellement, ce n’est plus le cas. Ces femmes nous soulageaient énormément », regrette-t-il.
Au-delà des difficultés matérielles, la situation suscite un élan de solidarité. Ramatoulaye Diallo, étudiante en sciences du langage, appelle à une solution humaine. « Je demande aux rares vendeuses qui sont restées de prendre courage. Nous, les étudiants, on se sent mieux quand elles sont là. J’invite les autorités à leur trouver réellement un endroit », plaide-t-elle.
Du côté des commerçantes déguerpies, l’inquiétude est palpable. M’Balia Bangoura, porte-parole des vendeuses de riz, connue sous le surnom de Mama Africa auprès des étudiants, raconte une souffrance partagée. « Depuis deux jours, c’est très difficile pour les étudiants comme pour nous. Par humanisme, je continue à vendre. Certains viennent avec 5 000 francs, d’autres en groupe avec 10 000 francs. Il y en a même qui mangent à crédit. Je ne peux pas refuser, parce que ce sont les cadres de demain. Nous ne refusons pas de quitter, mais qu’on nous trouve une autre place », implore-t-elle.
Si les autorités justifient ces déguerpissements par la nécessité d’assainir la capitale et de libérer les emprises publiques, sur le campus de Sonfonia, étudiants et vendeuses attendent désormais des mesures d’accompagnement concrètes. En l’absence d’un site alternatif ou d’une solution de restauration universitaire, la vaste opération engagée à Conakry laisse ici un goût amer, entre ordre urbain et urgence sociale.
L’article Sonfonia : après le déguerpissement des gargottes, étudiants et vendeuses livrés à la débrouille est apparu en premier sur Guinee360 - Actualité en Guinée, Politique, Économie, Sport.
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