Siranka/Boffa : l’extraction traditionnelle du sel, entre survie économique et menace écologique

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Dans la sous-préfecture de Douprou, précisément dans le secteur de Siranka, l’extraction traditionnelle du sel demeure l’une des principales activités génératrices de revenus pour de nombreuses familles. Chaque matin, hommes et femmes convergent vers les mangroves, munis de bassines, de pelles artisanales et de fagots de bois, pour produire ce précieux condiment indispensable à la consommation quotidienne.

Mais derrière cette activité ancestrale se cache une autre réalité : la destruction progressive de l’écosystème maritime de la Basse-Côte guinéenne.

À Siranka, la fabrication artisanale du sel se transmet de génération en génération. Les femmes, particulièrement nombreuses dans ce secteur, passent de longues heures dans les marécages à recueillir l’eau salée avant de la faire bouillir dans de grands récipients chauffés au bois de palétuvier. Sous un soleil accablant, une épaisse fumée envahit les installations rudimentaires dressées au cœur de la mangrove.

Ici, le sel représente bien plus qu’un simple produit commercial : il constitue une source essentielle de subsistance pour des dizaines de ménages. Rencontrée sur son site de production, Madame Yarie Bangoura, mère de famille et productrice de sel depuis plusieurs années, explique les différentes étapes de cette activité.

« Nous puisons l’eau salée dans les marigots. Ensuite, nous la faisons chauffer pendant plusieurs heures jusqu’à obtenir le sel. Ce travail est très difficile parce qu’il demande beaucoup d’efforts et de bois. Souvent, nous restons ici toute la journée sous la chaleur et la fumée », explique-t-elle.

Malgré les nombreuses difficultés, ces femmes continuent de pratiquer cette activité faute d’alternatives économiques viables.

« Ce travail nous permet de nourrir nos enfants, de payer leurs études et de subvenir aux besoins de la famille. Même si c’est fatigant, nous n’avons pas d’autre source de revenus », confie Ciré Sylla, une autre exploitante rencontrée dans le même secteur.

Les producteurs dénoncent également le manque de soutien des autorités locales ainsi que l’absence d’équipements modernes pouvant réduire les impacts environnementaux.

« Si nous avions des matériels adaptés ou des foyers améliorés, nous couperions moins de palétuviers », soutient Bountou Bangoura.

Cependant, cette exploitation artisanale contribue fortement à la destruction des mangroves. Les palétuviers, utilisés comme principale source d’énergie pour la cuisson du sel, sont coupés de manière abusive.

À cela s’ajoutent les constructions anarchiques dans les grandes agglomérations comme Conakry, ainsi que l’installation de certaines sociétés minières, accentuant davantage la pression sur les zones maritimes.

À Siranka, comme dans d’autres localités de Boffa, la problématique reste complexe : comment préserver les mangroves tout en protégeant les moyens de subsistance des populations locales ?

En attendant, dans les épaisses fumées des fours artisanaux de Siranka, des centaines de familles continuent chaque jour de tirer leur survie de cette activité traditionnelle, au prix d’un environnement de plus en plus fragilisé.

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