Sanctions contre la Guinée : le ministre des Affaires étrangères se paie la communauté internationale

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 « La Guinée a besoin du monde, mais le monde a besoin de la Guinée »,

Quatre ministres, dont le ministre des Affaires étrangères et celui de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation, ont animé une conférence-débat ce 27 mai à l’Université de N’Zérékoré. A l’occasion de cette rencontre avec les étudiants, le ministre des Affaires étrangères, Morissanda Kouyaté, a égratigné les institutions internationales devant lesquelles plusieurs jeunes guinéens ont été tués et d’autres responsables politiques et de la société civile jetés en prison pour leur opposition au changement constitutionnel.

« Toute la résistance des populations guinéennes, y compris vous les étudiants, pour dire ‘nous avons une Loi fondamentale, nous devons la respecter’, toute cette lutte a été faite pendant que nous étions toujours au sein de la communauté internationale, toutes les institutions qui nous entourent, qui nous hébergent parce que nous sommes membres fondateurs de toutes les institutions africaines, l’Union africaine, Mano River Union, la CEDEAO. Mais ces organisations n’ont pas beaucoup mouillé leur maillot, comme on le disait ici, pour empêcher que cela arrive. Elles ont fait leur possible. Mais pour nous Guinéens, elles n’ont pas fait plus. Finalement, cette mauvaise Constitution a été imposée.

Pendant que votre université manquait d’eau, d’électricité, de cahiers et tout, d’autres avaient détourné 100 milliards, 150 milliards, 200 milliards et vous, vous étiez là pour regarder ça. D’où cette catastrophe qu’on a imposée aujourd’hui, c’est-à-dire le fait que quelques-uns prennent les richesses du pays et les mettent dans leurs poches»,, a-t-il déclaré devant les étudiants.

Avant de justifier la prise du pouvoir par le CNRD : « C’est ce qui a révolté le peuple. On a vu des patriotes, des jeunes guinéens qui ont dit qu’ils ne peuvent pas l’accepter. Puisque la CEDEAO n’a pu rien faire, l’Union de la Rivière Mano, l’Union africaine n’ont rien pu faire, les Nations unies non plus n’ont rien pu faire, nous sommes laissés à nous-mêmes. Devant ça, il nous revient de nous prendre en charge. Donc ces jeunes officiers se sont constitués en CNRD, à leur tête, le Colonel Mamadi Doumbouya. Et ils ont décidé de changer le leadership du pays. Ils l’ont fait. Mais nulle part au monde, vous ne pouvez pas avoir un changement comme ça.  Ils l’ont changé un dimanche dans une heure bien circonscrite à Sékhoutouréya et le lundi ils ont dit à tout le monde de vaquer à ses occupations. Ensuite, ils ont ouvert les prisons. Les gens qui avaient été emprisonnés parce qu’ils ont simplement dit que la Loi fondamentale du pays doit être respectée, ils croupissaient en prison. Ils ont ouvert les prisons et ils sont sortis parce qu’ils étaient là à tort. »

Il dit avoir trouvé le comportement des institutions internationales à l’égard de la Guinée après le coup d’Etat du 5 septembre un peu ‘’bizarre’’ : « Les institutions internationales auxquelles nous appartenons qui ont fait de leur mieux, je peux dire comme ça, mais pour nous elles n’ont pas fait de plus. Mais dès que la Transition a été ouverte, les mêmes institutions sont revenues pour dire que ‘c’est nous quand vous changez comme ça, voilà ce qu’on fait. Case n°1, on vous interdit de voyager. Case n°2, on vous suspend de notre organisation. Case n°3…, ils ont coché des cases. Et donc pour nous, nous avons trouvé ça un peu bizarre. Mais on l’a accepté. »

D’un côté, la communauté internationale sanctionne la Guinée, et de l’autre, les membres de cette même communauté internationale accrédite des ambassadeurs auprès du chef de la junte et remet de l’argent à son Gouvernement. C’est encore plus bizarre. Et ça sous-entend que ces sanctions étaient faites contre leur gré. Comme s’il se marrait de cette attitude des institutions internationales, le ministre Morissanda Kouyaté, demande aux étudiants de ne faire que ce dont ils en ont la conviction : « Je vous donne une leçon à vous les étudiants. Si vous n’êtes pas convaincus de ce que vous voulez faire, ne cherchez pas à le faire. N’essayez pas, parce que non seulement vous ne pourrez pas, mais deuxièmement on saura que vous n’avez pas l’intention de le faire, que vous essayez. Le paysan qui est à Baya, à Bonouma, à Galakpaye, se réveille le matin et écoute RFI, BBC. On lui dit que son pays est fermé, personne ne doit rentrer, il est isolé, il n’a plus rien et il n’aura plus rien. Ce paysan est complètement désorienté.

Le rôle du ministre des Affaires étrangères, quand RFI dit ça le matin, le soir, quand ce paysan vient s’asseoir devant sa télévision, qu’il voit venir l’ambassadeur des Etats-Unis, l’ambassadeur de France, l’ambassadeur du Niger, l’ambassadeur de Corée, il se dit ‘mais attendez, on m’a dit que c’est fermé ? Mais ce n’est pas fermé’. Il sent que la Guinée n’est pas isolée. Je vous assure que la Guinée n’est pas isolée. »

Pour prouver davantage que la Guinée n’est pas isolée, il affirme que les Etats-Unis dont l’ambassadeur à Conakry est décédé, il y a trois ans, ont accrédité un nouvel ambassadeur plénipotentiaire en Guinée. Onze autres ambassadeurs ont déposé leurs lettres d’accréditation auprès du Président de la Transition.

 « La Guinée a besoin du monde, mais le monde a besoin de la Guinée », a-t-il laissé entendre, avant d’ajouter que malgré les sanctions, les pays étrangers et les institutions internationales mettent de l’argent sur la table quand ils arrivent : « Les ambassadeurs ne viennent pas seulement pour dire bonjour. L’ambassadeur des Etats-Unis seulement par exemple, quand il est venu, il a mis sur la table 23 millions de dollars. La Banque mondiale, le Fonds Monétaire International (FMI) qui sont toujours prêts à serrer les vices, quand ils sont venus, ils ont mis 1 milliard de dollars sur la table. Les Droits de tirages spéciaux (DTS) qu’on ne pouvait même pas recevoir quand on est en régime normal, on les a obtenus, parce que simplement le sérieux est là. »

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