Pour une vraie rupture, Mamadi Doumbouya doit reconduire Bah Oury (Par Ousmane Boh Kaba)

il y a 2 heures 12
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Le geste était fort, symbolique, presque prévisible. La démission du gouvernement de transition présentée par Bah Oury n’est pas un aveu d’échec : c’est un acte de clarté politique, un signal de maturité institutionnelle. La transition est désormais derrière nous. La Cinquième République est née, et avec elle s’ouvre une séquence historique où il ne s’agit plus d’improviser, mais de bâtir. Elle attend son premier véritable gouvernement, celui qui devra incarner non pas la continuité, mais la rupture promise au peuple guinéen.

Mon intuition, partagée par de nombreux Guinéens, est que le Général Mamadi Doumbouya, Président de la République, va naturellement reconduire Bah Oury au poste de Premier ministre. Ce serait un choix logique, mais surtout stratégique. Bah Oury n’est pas un homme de circonstance : il est un homme de trajectoire. Il porte une légitimité forgée dans l’opposition historique, trempée dans l’exil, consolidée par l’épreuve du pouvoir. Il connaît les dossiers, maîtrise les équilibres, comprend les urgences. À ce stade, il représente une synthèse rare : l’expérience sans la résignation, la fermeté sans l’arrogance, la vision sans la démagogie.

Reconduire Bah Oury, ce n’est pas recycler la transition, c’est transformer l’essai. Il ne s’agirait plus du Premier ministre d’un passage, mais de l’architecte des fondations de la nouvelle République. Dans un pays où l’on change souvent d’hommes sans changer de méthodes, Bah Oury peut être celui qui change la méthode sans changer de cap. La Guinée n’a pas besoin d’un gestionnaire du passé, mais d’un bâtisseur de futur. Et aujourd’hui, peu de profils réunissent autant de crédibilité politique et de sens de l’État que lui.

Cependant, le simple fait de le reconduire ne suffirait pas, et constituerait même une occasion manquée si cela se faisait sans audace. Pour avoir une portée véritablement historique, cette décision doit s’accompagner d’un mandat clair : rompre définitivement avec les archaïsmes, les arrangements de couloir et les équilibres clientélistes qui ont trop longtemps paralysé l’action publique. La Cinquième République ne peut pas être une République repeinte ; elle doit être une République réinventée.

La légitimité du nouveau pouvoir ne reposera plus sur les discours, mais sur la capacité à matérialiser le changement dans la vie quotidienne : dans la lumière qui arrive, l’eau qui coule, l’emploi qui se crée, la justice qui tranche, l’école qui élève.

Ainsi, place doit être faite aux femmes, massivement, visiblement, stratégiquement. Il ne s’agit plus de féminiser l’image du pouvoir, mais de féminiser son efficacité. Assez de quotas décoratifs. Assez de portefeuilles secondaires. La Guinée de la Cinquième République doit oser être celle où les femmes occupent au moins la moitié des sièges autour de la table du Conseil des ministres. Non par charité politique, mais par lucidité nationale.

Là où certains voient une revendication, il faut voir une solution. Les femmes guinéennes portent le pays à bout de bras dans les marchés, les foyers, les écoles, les hôpitaux, les entreprises informelles. Elles savent gérer la rareté, arbitrer les urgences, produire sans bruit. Ce sont exactement les compétences dont l’État manque.

Il nous faut des femmes à la tête des ministères régaliens et stratégiques : Économie, Finances, Infrastructures, Défense, Justice. Le message doit être sans équivoque : les femmes ne sont pas l’appoint du pouvoir, elles en sont le moteur. Quand une femme gouverne, ce n’est pas la symbolique qui progresse, c’est la performance publique qui s’améliore. La parité n’est pas une concession idéologique, c’est un accélérateur de résultats.

Dans le même élan, une place centrale doit être accordée à la jeunesse compétente, et non aux héritiers des systèmes passés. La jeunesse guinéenne n’est pas une promesse abstraite : elle est une ressource stratégique. Elle est formée, connectée, inventive, impatiente de servir autrement.

Le prochain gouvernement doit intégrer en force des femmes et des hommes de moins de quarante ans à des postes de décision clés. Pas comme alibi générationnel, mais comme choix d’efficacité. Ce sont eux qui pensent le numérique, la transition agricole, l’économie verte, l’éducation du futur. Leur donner le pouvoir, c’est transformer la frustration en production nationale. Gouverner avec les jeunes, ce n’est pas prendre un risque ; c’est refuser l’immobilisme.

Enfin, ce gouvernement devra être jugé à l’aune d’idées et d’actions concrètes tournées vers l’avenir, et non sur la gestion des rentes du passé. L’électricité, l’eau, l’emploi massif des jeunes, la santé, l’éducation : les priorités sont connues, répétées, mais encore trop peu réalisées. La Cinquième République doit être celle où l’on cesse d’annoncer pour commencer à livrer.

Le premier gouvernement devra être un gouvernement de chantiers visibles, de délais assumés et de résultats mesurables. Un exécutif resserré, agile, où chaque ministre porte une mission claire et rend compte à la nation. L’ère des promesses doit céder la place à celle des preuves. Gouverner, ce n’est plus parler : c’est produire.

Ainsi, Général Doumbouya, en confiant de nouveau les clés à Bah Oury, vous lui offrirez bien plus qu’une fonction : une mission historique. Celle de ne pas gérer l’existant, mais de le transformer ; de ne pas subir les pressions, mais d’imposer une vision ; de ne pas arranger le passé, mais d’inventer l’avenir.

Ce gouvernement ne sera pas jugé sur la familiarité des noms, mais sur la nouveauté de l’impact. Sur le visage qu’il donnera à la Guinée : un visage paritaire, jeune, compétent, courageux, orienté vers l’horizon plutôt que vers les habitudes.

L’acte de confiance envers Bah Oury doit donc être indissociable d’un acte de rupture avec les anciennes pratiques. C’est cette alliance subtile continuité dans la direction, révolution dans la méthode qui peut insuffler une dynamique crédible à nos institutions nouvelles.

Le peuple guinéen, las d’attendre, observe. Il n’attend plus des intentions, mais des transformations. Offrons-lui un gouvernement qui lui ressemble enfin : fort de ses femmes, audacieux avec sa jeunesse, rigoureux dans ses choix et inflexible sur ses résultats.

La crédibilité de notre nouveau commencement en dépend entièrement.

Ousmane Boh KABA

Observateur passionné de la chose publique guinéenne.

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