Mandiana : à Bagafèa, de l’inhumation de Toumba qui ravive la mémoire d’un village oublié

il y a 2 heures 7
PLACEZ VOS PRODUITS ICI

CONTACTEZ [email protected]

Le village de Bagafèa, en Haute-Guinée, s’apprête à accueillir ce vendredi 3 avril la dépouille du feu commandant Aboubacar Sidiki Diakité, alias Toumba. Derrière cette cérémonie funèbre se dessine le portrait d’une localité rurale, fière de son histoire vieille de deux siècles, mais confrontée à un enclavement chronique et au manque d’infrastructures.

‎Ici, le temps semble s’être arrêté. À trois kilomètres de la frontière malienne, Bagafèa ou Kolonméléla de son vrai nom, attend son fils pour un dernier adieu. En attendant, ses habitants racontent une terre de légendes et des routes qui n’en finissent pas de s’effacer.

‎C’est un village discret, chargé d’histoire et d’émotion. Bagafèa, également appelé Kolonméléla, se niche dans la sous-préfecture de Niantanina, préfecture de Mandiana, à environ 75 kilomètres du centre urbain de Mandiana. L’accès y est difficile, surtout en saison des pluies. Ce vendredi 3 avril, ce coin reculé de Guinée va pourtant devenir le centre d’une attention nationale : l’inhumation du feu commandant Aboubacar Sidiki Diakité, connu sous le nom de Toumba, décédé à 58 ans.

‎Selon les informations recueillies sur place, l’un des grands parents de Toumba Diakité a été parmi les Sofats (guerriers) d’Almamy Samory Touré, illustre résistant à la colonisation. Une filiation qui pèse lourd dans la mémoire collective du village.

‎Derrière le nom administratif de Bagafèa se cache une histoire bien plus ancienne. Les sages du lieu racontent que le village a été fondé il y a près de 200 ans par un homme prénommé Kolon. « Le premier habitant s’appelait Kolon, et nous sommes ses descendants. C’est lui qui a fondé Kolonméléla. Son fils s’appelait Méléï, et c’est de l’association de leurs noms que vient Kolon-méléïla », expliquent-ils. Avec l’arrivée des colons, ce nom jugé trop difficile à prononcer et à écrire aurait été remplacé par Bagafèa. « Les colons disaient qu’ils ne pouvaient pas écrire Kolonméléla. Ils ont donc choisi Bagafèa. C’est pourquoi le village porte aujourd’hui deux noms », poursuivent les anciens.

‎Aujourd’hui, le district de Bagafèa est composé de quatre secteurs et compte environ un millier d’habitants, selon les autorités locales. La population vit essentiellement de l’agriculture, principale activité économique. Pourtant, malgré ce potentiel et son poids symbolique, le village souffre d’un manque criant d’infrastructures de base. Les routes, en mauvais état, compliquent considérablement la mobilité des habitants et l’accès aux services essentiels.

‎L’inhumation de Toumba dans son village natal, ce vendredi, ravive ainsi l’attachement des populations à leurs racines et à leur histoire. Mais elle rappelle aussi, en creux, les défis quotidiens de ce terroir de Haute-Guinée : enclavement, absence d’équipements publics, accès limité aux soins et à l’éducation.

‎Entre l’héritage prestigieux des Sofats d’Almamy Samory Touré et les réalités âpres de la vie rurale, Bagafèa incarne une double facette de la Guinée profonde. La dépouille de Toumba va y reposer pour l’éternité. Reste à savoir si son nom pourra, un jour, aider son village à sortir de l’oubli.

‎Karifa Kansan Doumbouya, envoyé spécial 

6224270960

L’article Mandiana : à Bagafèa, de l’inhumation de Toumba qui ravive la mémoire d’un village oublié est apparu en premier sur Mediaguinee.com.

Lire l'article en entier