Makanéra se prononce sur le livre de Tibou Kamara : “sous Alpha Condé, il était plus puissant que le Premier ministre”

il y a 3 heures 20
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Le livre ‘’Le coup d’État contre Alpha Condé’’ de Tibou Kamara continue de susciter débats et controverses dans la cité. Dans un entretien accordé à Mediaguinee, Alhoussein Makanéra Kaké, ancien ministre et président du FND, livre une lecture sans concession de l’ouvrage. Entre reproches sur la forme, réserves sur certains contenus et réflexions profondes sur la confiance en politique, l’ancien ministre parle à visage découvert. Extrait…

Mediaguinee : Quelle lecture faites-vous du livre ‘’Coup d’État contre Alpha Condé’’ de votre collaborateur ?

Alhoussein Makanéra Kaké : Je n’ai pas appartenu au même gouvernement que Tibou Kamara. Mais ce qui est important, j’ai une grille de lecture des extraits lus dans les médias, mais moi je juge ce livre de deux manières. D’abord sur la forme, vous savez personne n’aimerait se confier à quelqu’un à deux ou dans sa propre chambre et lire ça dehors dans un livre. Donc pour ça moi je ne suis pas tout à fait content de lui parce que quand quelqu’un vous confie un secret c’est un dépôt sacré. Maintenant j’ai lu des choses (…). Certains même se sont confiés à moi. Ce qu’il a mis dans le livre-là, je ne vais pas dire le nom de l’intéressé mais certains parmi ces gens-là, se sont confiés à moi dans leur propre chambre mais moi je ne vais jamais sortir dire ça dehors. Vous savez la confiance elle se gagne par gouttes et on la perd par litres. Je crois que tous ceux qui ont lu ce livre-là beaucoup parlent bien de lui parce qu’ils ont peur pour ne pas qu’il [Tibou Kamara] parle d’eux. Parce qu’en Guinée aussi les gens ne veulent pas assumer mais rares sont ceux qui ont confiance en lui pour ne pas dire aucun Guinéen ne pourra plus jamais aller se confier à lui parce qu’il sait au lieu de se confier à Tibou vaut mieux aller dire ça au marché de Madina. Donc ça c’est ma première analyse. Sinon moi j’ai été très proche du président Alpha Condé, très proche de Cellou Dalein Diallo à un moment donné, vous pensez que les personnes-là, j’étais dans leur intimité, chacun d’eux a dû me dire quelque chose en privé, mais vous n’entendrez jamais ça de ma bouche, tout ce que je dirais d’eux c’est ce qu’on a échangé en public mais tout ce qu’ils m’ont dit dans le secret, cela restera dans le secret jusque dans ma tombe. Maintenant pour répondre à la qualité du livre, j’ai lu certains faits  qui sont réels, parce que j’étais aussi proche d’Alpha Condé, j’ai vécu ces faits-là, par contre d’autres ne sont pas réels. Surtout en ce qui concerne ses proches. J’ai écouté là où il parle dans la lutte contre la corruption, telle personne et telle personne ont été accusées et au même moment, on savait quand il était fort. Lorsque le procureur du tribunal de première instance de Kaloum avait décidé d’ouvrir une enquête, il a été le premier à s’attaquer au procureur. J’ai été obligé, en dépit de sa position à l’époque [sous Alpha Condé], il était plus puissant que le Premier ministre, j’étais député à l’Assemblée nationale, je suis sorti pour dire que le procureur n’a pas besoin d’attendre l’ordre du ministre de la Justice pour ouvrir une enquête, s’il est informé d’un cas. Le procureur est encore vivant. C’est comme le cas de SALGUIDIA [ancienne société agro‑industrielle guinéenne, créée à la fin des années 1970 dans le cadre d’un partenariat entre la Guinée et la Libye] aussi.  J’étais le seul député qui a pris la parole pour dire que le dossier est mauvais. Moi je lui disais la vérité au moment où il était encore puissant. Donc par rapport à son livre, je vois les gens qui apprécient c’est un grand livre, mais moi je n’ai appris de ce livre sauf dire que quand on doit se confier à quelqu’un il faut savoir qui il est, c’est ce que le livre m’apprend.

Mediaguinee : Est-ce qu’il vous a cité dans le livre ?

Alhoussein Makanéra Kaké : Il est difficile pour Tibou de me citer pour deux raisons. La première raison, de 1990 jusqu’à l’arrivée d’Alpha Condé au pouvoir, j’étais opposant et puisque lui il n’aime pas être opposant. Donc on ne s’est jamais rencontré. C’est à l’arrivée d’Alpha Condé que Tibou m’a appelé et ça aussi c’est le jour où j’ai décidé de me démettre quand j’ai décidé de rendre ma démission en tant que ministre en charge de la Communication. Très tôt le matin, vers 7 heures, j’ai reçu l’appel de Tibou, j’étais entre la morgue et Ignace Deen et le département du ministère de la Communication, il s’est présenté à moi, c’est moi Tibou il dit  » j’ai appris que tu veux démissionner, j’ai dit oui. Il dit « bon il ne faut jamais accepter de te remettre dans le gouvernement là. Depuis ça, j’ai rencontré Tibou c’est quand il était maintenant avec Alpha Condé mais avant sa nomination. Il était dans le bureau de Antonio Souaré, il m’a demandé de revenir avec Alpha Condé, je lui ai dit je vous laisse la mission d’aller dire à Alpha Condé, d’organiser les élections et de partir. Parce qu’en ce moment-là, j’étais opposant à Alpha Condé. Après, on s’est rencontrés pendant les élections présidentielles parce les législatives j’étais le président de la commission communication mais la présidentielle de 2020, il a été le président de la commission communication j’étais le rapporteur. Là-bas aussi on s’est rencontrés. Mais il n’a pas beaucoup de choses à dire sur moi parce que moi je n’ai pas un côté caché et un côté qui n’est pas caché. Pour la petite histoire, quand je suis passé à l’opposition, il y a une dame qui a négocié mon retour mais elle me dit :  » je vais organiser une rencontre entre vous et le président de la République. Je vais trouver une porte dérobée, vous allez rentrer, vous allez discuter avec le président.  » J’ai dit madame si je dois voir Alpha Condé je viens dans ma voiture je gare la voiture dehors, le portail principal de Sekoutoureya, je rentre et je ressors. Je ne dois à personne, si je dois le voir, je le verrai au vu et su de tout le monde. C’était le cas aussi quand je devais rencontrer Cellou pour la première, parce qu’il m’a appelé quand il a appris que j’ai été radié du RPG. Je suis venu, en rentrant, j’ai croisé un journaliste, il m’a demandé, est-ce que je peux publier cette rencontre-là ? Je lui ai dit pourquoi pas, je dois à qui ? Donc des personnes comme ça il est difficile qu’elles puissent dire quelque chose me concernant. Mais s’il le disait, je serais très heureux. Parce que soit il va dire la vérité et je ne crois pas qu’il puisse dire quelque chose qui peut m’empêcher de me regarder dans une glace sans honte. Et s’il dit aussi ce qui n’est pas vrai, j’ai la capacité aussi de rétablir la vérité pour le respect des lecteurs.

Interview réalisée par Christine Finda Kamano/Robert Kourouma

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