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Monsieur le Président,
La Guinée entre aujourd’hui dans une phase charnière de son histoire politique. Après quatre années de transition et l’ouverture d’un nouveau cycle institutionnel marqué par un mandat de sept ans, l’heure n’est plus aux ajustements provisoires, mais aux choix structurants et durables.
Ces choix engagent non seulement votre responsabilité, mais surtout l’avenir de millions de Guinéennes et de Guinéens.
La formation d’un nouveau gouvernement constitue, à ce titre, un acte fondateur. Elle dira beaucoup de la vision que vous portez pour le pays et de la méthode que vous entendez privilégier. Le peuple guinéen n’attend ni des récompenses politiques, ni des équilibres de circonstance, mais une équipe capable de répondre concrètement aux défis immenses auxquels la nation est confrontée : pauvreté persistante, chômage des jeunes, fragilité du système de santé, crise de confiance envers les institutions, gouvernance administrative encore trop centralisée et inégalités territoriales marquées.
Le choix de vos collaborateurs devrait reposer sur trois piliers essentiels : la compétence, l’intégrité et la capacité à agir. La loyauté personnelle ne peut se substituer à l’expertise, pas plus que l’appartenance politique ou relationnelle ne peut remplacer l’expérience et la probité.
Gouverner un pays n’est pas un exercice de fidélité, mais un devoir de résultats.
La Guinée dispose de femmes et d’hommes compétents, à l’intérieur comme à l’extérieur de ses frontières. La diaspora guinéenne, riche de parcours internationaux, peut apporter une valeur ajoutée réelle, à condition d’être pleinement connectée aux réalités du terrain et inscrite dans une logique de service public, non de privilège. De même, les cadres nationaux, souvent éprouvés mais expérimentés, méritent reconnaissance, protection et conditions de travail dignes pour donner le meilleur d’eux-mêmes.
Le domaine de la santé mérite, plus que jamais, une attention centrale et prioritaire. La santé n’est ni un secteur accessoire ni une dépense de confort ; elle constitue un droit fondamental, un pilier de la dignité humaine et un levier stratégique de développement national. Or, en Guinée, l’accès à des soins de qualité demeure profondément inégal et fragile.
Derrière les hôpitaux saturés, les centres de santé sous-équipés, les ruptures récurrentes de médicaments et l’exode silencieux des professionnels, se dessine un système à bout de souffle.
Les dysfonctionnements sont désormais structurels : gouvernance hospitalière insuffisamment professionnalisée, faiblesse du pilotage stratégique, absence de planification sanitaire territorialisée, financement instable et largement supporté par les ménages, conditions de travail dégradées des soignants, formation initiale et continue insuffisamment articulée aux besoins réels du terrain. À cela s’ajoutent des inégalités territoriales criantes, où le lieu de naissance ou de résidence conditionne encore l’accès aux soins, parfois à la survie.
La réponse ne peut être ponctuelle, ni symbolique. Elle appelle une réforme profonde et systémique du système de santé, fondée sur quelques principes clairs :
– la professionnalisation de la gouvernance sanitaire, avec des responsables formés au management des organisations de santé ;
– la valorisation du capital humain, par des carrières lisibles, une reconnaissance statutaire, des conditions de travail dignes et un investissement massif dans la formation ;
– le renforcement des soins de proximité, pour désengorger les hôpitaux et rapprocher la santé des populations ;
– la planification sanitaire territoriale, fondée sur les besoins réels des populations et non sur des décisions centralisées déconnectées du terrain ;
– une politique du médicament transparente et sécurisée, garantissant l’accessibilité, la qualité et la continuité des traitements.
Placer la santé au cœur de l’action publique implique également de nommer à la tête de ce secteur des femmes et des hommes compétents, indépendants, capables de résister aux pressions, de dire la vérité et de piloter des réformes exigeantes dans la durée. La loyauté attendue doit être celle envers l’intérêt général et la santé des populations, non envers des logiques individuelles ou circonstancielles. Investir dans la santé, c’est investir dans la cohésion sociale, la productivité économique et la stabilité du pays. Un État qui protège la santé de ses citoyens renforce la confiance, apaise les tensions sociales et prépare l’avenir. À l’inverse, un système de santé fragilisé alimente les inégalités, l’exclusion et la défiance envers les institutions.
La Guinée dispose des ressources humaines, de l’intelligence collective et de l’expérience nécessaire pour réussir cette transformation. Ce qu’il faut désormais, c’est une volonté politique claire, une vision à long terme et une gouvernance courageuse, capable de placer la santé là où elle doit être : au cœur de l’urgence sanitaire et du projet national. Au-delà des personnes, la méthode de gouvernance sera déterminante. Un État fort est un État juste, lisible et prévisible. La lutte contre la corruption ne peut être sélective ou déclarative ; elle doit être systémique, transparente et accompagnée d’institutions indépendantes. La planification, l’évaluation des politiques publiques et la reddition des comptes doivent devenir des pratiques normales de l’action gouvernementale.
Monsieur le Président, le véritable héritage d’un dirigeant ne se mesure ni à la durée du pouvoir, ni aux symboles, mais à la solidité des institutions qu’il laisse derrière lui. Investir dans l’éducation, la santé, la formation des ressources humaines, la décentralisation réelle et la justice sociale est un choix exigeant, parfois impopulaire à court terme, mais indispensable pour bâtir une Guinée stable, équitable et respectée.
Enfin, gouverner, c’est accepter la contradiction. S’entourer de collaborateurs capables de dire la vérité, y compris lorsqu’elle dérange, est une force, non une faiblesse. L’histoire récente de notre pays a montré combien les occasions manquées ont été coûteuses. Ce nouveau cycle peut, au contraire, être celui de la responsabilité, de la maturité institutionnelle et de la réconciliation durable entre l’État et son peuple.
La Guinée mérite mieux que des promesses. Elle mérite une vision, une méthode et une équipe à la hauteur de ses espérances.
Veuillez croire, Monsieur le Président, en l’expression d’un engagement sincère pour l’avenir de notre pays.
Aboubacar TRAORE
Directeur délégué du Centre Hospitalier d’Ornans
Directeur de la filière gériatrique et handicap du Centre Hospitalier Intercommunal Haute Comté de Pontarlier
Directeur référent de l’EHPAD du Larmont »
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il y a 4 heures
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