Le Grenier, ce que la patience sait que l’urgence ignore (Par Boubacar Diallo)

il y a 2 heures 15
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Ce que la patience sait que l’urgence ignore

Dans la maison de mon enfance, il y avait un endroit que personne ne visitait sans raison.

Pas une pièce fermée à clé.

Pas un espace interdit.

Juste un endroit en hauteur.

Sec.

Réchauffé par la chaleur qui montait de la cuisine.

Un bâton.

Et dessus — accrochés, silencieux, immobiles —

des épis de maïs.

Des tiges de riz.

— — —

On ne les touchait pas.

Pas parce qu’ils n’appartenaient à personne.

Parce qu’ils n’appartenaient pas à maintenant.

— — —

Ces épis n’étaient pas là pour être mangés.

Ils étaient là pour être replantés.

Ce qu’on mange disparaît.

Ce qu’on replante revient multiplié.

— — —

Il y a une sagesse dans ce geste que nos ancêtres faisaient sans le nommer.

Prendre une partie de ce qu’on a récolté.

Ne pas le consommer.

Le suspendre.

Le laisser sécher dans la chaleur.

Et attendre la saison suivante.

Pas parce qu’on a trop.

Souvent parce qu’on a juste assez — et qu’on a quand même choisi de réserver.

— — —

C’est la décision la plus difficile.

Celle qu’on prend dans la satiété relative —

quand on pourrait tout manger

et qu’on choisit de ne pas tout manger.

Celle qu’on prend parfois dans le manque —

quand on a peu

et qu’on met de côté quand même.

— — —

J’ai connu des hommes qui ne pouvaient pas faire ce geste.

Pas parce qu’ils manquaient de discipline.

Parce qu’ils n’avaient pas confiance dans la prochaine saison.

Trop de déceptions avaient enseigné à leur corps que demain ne venait pas toujours.

Alors ils consommaient tout.

Maintenant.

Et la saison suivante — ils recommençaient à zéro.

— — —

Le grenier n’explique rien.

Il suspend.

Et attend.

C’est une forme de foi.

Pas la foi des discours.

La foi silencieuse et concrète de celui qui accroche un épi au-dessus de sa cuisine en se disant —

ceci est pour plus tard.

Il ne sait pas ce que sera ce plus tard.

Il sait qu’il viendra.

— — —

Je pense à tous ceux qui ont suspendu quelque chose en hauteur.

Des textes écrits dans le silence.

Des compétences construites sans audience.

Des projets préparés sans financement visible.

Des graines posées dans une terre que personne d’autre ne regarde encore.

Ils ne savaient pas quand la pluie viendrait.

Ils ont quand même accroché l’épi.

— — —

La saison ne demande pas si tu étais prêt.

Elle arrive.

Et elle trouve — ou ne trouve pas — ce que tu avais mis de côté.

— — —

Le grenier ne répond pas à l’urgence.

Il répond au geste d’avant.

Boubacar Diallo

Ambassadeur Honoraire Nouveaux Horizons — AfricaRegional Services, Département d’État des États-Unis

Mars 2026

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