La Guinée doit tirer les leçons de Nongo pour moderniser la communication de l’État (Par Aboubacar Sakho)

il y a 2 heures 18
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La crise de la retransmission de la prestation de serment du Président de la République, le 17 janvier 2026 au stade Général Lansana Conté de Nongo, a mis en lumière une réalité que beaucoup ont longtemps ignorée : la question n’est pas seulement celle de la qualité d’une diffusion, mais bien celle de l’organisation globale de la communication audiovisuelle de l’État.

Si la RTG a été pointée du doigt, il est désormais clair que le problème dépasse largement le simple incident technique. Il révèle un modèle de production dispersé, où plusieurs structures publiques produisent des contenus officiels sans coordination, entraînant une perte de responsabilité et une baisse de qualité.

Face à cette situation, la Guinée gagnerait à observer ce qui se passe chez ses voisins, notamment le Sénégal et la Côte d’Ivoire, où la communication audiovisuelle institutionnelle est structurée de manière plus cohérente. Dans ces pays, la chaîne publique reste au cœur de la diffusion, mais surtout la production officielle est mieux encadrée. Les institutions publiques disposent de services de communication, mais les grands événements d’État ne sont pas réalisés en mode “chaque institution pour soi”. Une coordination claire permet d’éviter la fragmentation et les doublons, et surtout de garantir une qualité homogène des images et des contenus.

Au Sénégal, la Radiodiffusion Télévision Sénégalaise (RTS) conserve un rôle central. La particularité de ce modèle réside dans une planification rigoureuse des événements officiels, associée à des standards techniques et éditoriaux définis. Les contenus produits par les services de communication des institutions sont validés et intégrés dans un cadre commun, évitant ainsi la dispersion des moyens. Cette logique de coordination permet également d’identifier clairement la responsabilité en cas d’incident, ce qui facilite les corrections et les améliorations. La Côte d’Ivoire, de son côté, s’appuie sur une structure de communication institutionnelle plus centralisée, où les grands événements passent par une validation préalable et une rationalisation des moyens. Dans ce modèle, les services de communication disposent d’un cadre institutionnel solide, et la production officielle reste sous contrôle, ce qui réduit les risques de disparité technique et d’images de faible qualité.

La Guinée, aujourd’hui, se trouve à un tournant. Elle doit choisir entre continuer à produire ses événements officiels de manière dispersée, avec le risque de reproduire les erreurs de Nongo, ou rassembler ses moyens pour garantir une communication nationale digne et cohérente. Pour éviter que ce qui s’est passé au stade de Nongo ne se reproduise, plusieurs mesures s’imposent. D’abord, il est nécessaire de clarifier les responsabilités en désignant la RTG comme l’organe public unique chargé de la production et de la diffusion audiovisuelle des événements officiels. Cela ne signifie pas que la Présidence ou les ministères ne peuvent plus communiquer, mais il faut que la production audiovisuelle officielle soit centralisée et structurée, avec une chaîne de commandement claire. Les autres structures pourront contribuer en fournissant des informations ou des contenus complémentaires, mais sans prendre en charge la production elle-même.

Ensuite, la Guinée doit mutualiser ses moyens techniques et humains. Dans un contexte où les ressources publiques sont limitées, il est indispensable d’éviter la dispersion des équipements et des compétences. Un inventaire national des matériels audiovisuels détenus par les différentes entités publiques est un point de départ. Cet inventaire permettra de recenser caméras, régies, studios, drones et autres équipements, puis de décider de leur meilleure utilisation. Les moyens pourraient être centralisés au sein de la RTG ou mis à disposition de manière structurée, sur la base d’une logique de mutualisation. Cette démarche permettrait non seulement d’optimiser les investissements publics, mais aussi de garantir une homogénéité dans la qualité des productions.

La valorisation des compétences professionnelles existantes est également un impératif. La RTG dispose de techniciens, réalisateurs, journalistes et professionnels expérimentés qui doivent être placés au centre de la stratégie de communication audiovisuelle de l’État. Plutôt que de laisser ces compétences se disperser ou être marginalisées, il faut les renforcer par des formations continues, des programmes de renforcement des capacités et une reconnaissance institutionnelle. Un personnel bien formé, motivé et soutenu est un atout majeur pour garantir des productions de qualité, capables de représenter dignement le pays lors des événements officiels.

Enfin, la Guinée doit instaurer un cadre réglementaire clair et créer une structure de coordination audiovisuelle de l’État, rattachée à la Présidence ou à une institution ad hoc. Cette structure aura pour mission de planifier les productions officielles, de valider les contenus, de superviser la RTG et d’assurer la cohérence entre les différentes entités impliquées. Elle jouera également un rôle de médiation entre les besoins politiques et les exigences techniques, afin d’éviter les malentendus et les erreurs de coordination.

Ces propositions ne visent pas à stigmatiser l’État ou à accabler des individus, mais à offrir des solutions réalistes et institutionnelles. La Guinée dispose de ressources humaines et matérielles importantes, mais elles doivent être organisées de manière cohérente. La crise de Nongo doit être considérée comme un électrochoc, une occasion de repenser la stratégie de communication audiovisuelle de l’État. En adoptant une approche structurée, fondée sur la clarification des responsabilités, la mutualisation des moyens, la valorisation des compétences, la mise en place d’un cadre réglementaire et la création d’une coordination institutionnelle, la Guinée peut améliorer durablement la qualité de ses productions officielles et renforcer la confiance des citoyens dans les institutions.

La question qui se pose aujourd’hui est simple : la Guinée souhaite-t-elle continuer à produire ses événements officiels de manière dispersée, ou est-elle prête à rassembler ses moyens pour garantir une qualité professionnelle et une image nationale cohérente ? La réponse déterminera la capacité du pays à représenter son histoire, ses institutions et son leadership de manière digne. La crise de Nongo doit être transformée en opportunité de modernisation, de professionnalisation et de rationalisation. Le temps est venu de construire, et non de blâmer.

Aboubacar SAKHO
Expert en Communication

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