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Je n’ai pas pour habitude de verser dans la polémique. Mais à un certain niveau du débat public, le silence devient une forme d’acceptation, et il est alors du devoir de ceux qui savent d’intervenir pour rétablir certaines vérités.
Depuis quelque temps, le journaliste et ancien ministre d’État Tibou Kamara est régulièrement pris à partie dans l’espace public. L’argument avancé par ses contradicteurs revient presque mécaniquement : il n’aurait pas obtenu le baccalauréat, diplôme qui correspond, chez nous, à la terminale. Récemment encore, l’ancien ministre Alhusseni Makanéra en a remis une couche, au point que l’on en arrive à une forme de moquerie récurrente : « Tibou Kamara qui n’a même pas le bac ».
Pour nous autres qui avons eu l’occasion — et le privilège — de pratiquer l’homme, cette affirmation est tout simplement fausse. Tibou Kamara est bel et bien titulaire de son baccalauréat, obtenu très facilement, avec mention au Lycée Garçons de Bingerville, en Côte d’Ivoire. Il s’y est fait remarquer avec de brillantes notes, notamment dans la série littéraire qu’il a embrassée. Si le doute persiste chez certains, il serait d’ailleurs loisible de lui demander d’en apporter la preuve. Le débat serait alors, une bonne fois pour toutes, clos. Malgré tout, il continue de polariser toutes les attentions dans l’espace public où parfois il est confronté à des procès fondés sur les préjugés et une méconnaissance profonde de l’homme et de son histoire personnelle. Au lieu d’aller aux bonnes sources où d’interroger ceux qui ont croisé son chemin, on se fait l’écho des propos de ses rares détracteurs.
Mais au-delà même de cette précision factuelle, une question plus profonde mérite d’être posée. À supposer — purement par hypothèse — que ses détracteurs aient raison, ce qui n’est pas le cas, seraient-ils au moins prêts à reconnaître le mérite exceptionnel de son parcours ? Car le véritable sujet n’est pas un parchemin, mais ce que l’on fait de son savoir, de son talent et de son intelligence.
Tibou Kamara est un intellectuel confirmé au parcours exceptionnel, qui n’a à complexer devant personne. Humble, il ne toise ni ne sous-estime les autres, conscient que chacun est utile à la société. Beaucoup à sa place seraient tombés dans la vanité.
Homme de lettres, journaliste de haut niveau, analyste rigoureux, il a largement fait ses preuves, tant dans le monde des médias que dans l’action publique. À plusieurs reprises, il a occupé la fonction de porte-parole du gouvernement, un rôle qui exige non seulement une solide maîtrise de la langue, mais aussi une capacité rare d’analyse, de synthèse et d’éloquence.
Pour avoir travaillé avec lui comme rédacteur et reporter au sein de son journal L’Observateur, du début des années 2000 jusqu’en 2010, je suis bien placé pour témoigner de la qualité exceptionnelle de son esprit. Sur tous les plans — analyse politique, débat contradictoire, écriture journalistique, éloquence — Tibou Kamara s’est toujours montré d’un niveau que beaucoup de titulaires de diplômes prestigieux pourraient lui envier. À bien des égards, il démontre la rigueur intellectuelle et la profondeur d’un homme qui aurait pu soutenir un doctorat sans difficulté.
Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Béchir Ben Yahmed, fondateur et ancien patron de Jeune Afrique, impressionné par la qualité de ses écrits, lui a proposé à plusieurs reprises de rejoindre son prestigieux journal. Par courtoisie et par conviction, Tibou Kamara a toujours décliné ces offres, estimant que son destin se jouait en Guinée, au service de son pays.
Il est donc temps de poser la question franchement : que cherche-t-on à démontrer en ramenant sans cesse le débat au niveau d’un diplôme ? En Guinée, nous souffrons malheureusement d’un complexe du parchemin, où le titre l’emporte trop souvent sur la compétence réelle. Combien de diplômés sortis de nos universités sont aujourd’hui incapables de rédiger correctement une simple demande d’emploi ? Combien peinent à structurer une pensée, à défendre une idée ou à produire une analyse cohérente ?
Le diplôme est important, nul ne le conteste. Mais il ne saurait être l’unique mesure de la valeur intellectuelle d’un homme. Le mérite, l’expérience, la production intellectuelle, la constance et la contribution au débat public comptent tout autant, sinon davantage.
Que les contradicteurs de Tibou Kamara trouvent donc d’autres arguments, s’ils en ont. Mais qu’ils cessent d’ironiquement remettre en cause son niveau d’instruction. Ce débat-là est non seulement stérile, mais profondément injuste. Il est temps de l’élever.

Alpha Camara
Ottawa/Gatineau (CANADA)
L’article L’homme Tibou Kamara: Au-delà des caricatures et des préjugés [Par Alpha Camara] est apparu en premier sur Mediaguinee.com.
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