Interview. Salifou Sylla : « j’ai peur qu’on ne tombe dans les mêmes travers que ce qui est arrivé avec Dadis »

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L’ancien ministre de la Justice sous le régime du général Lansana Conté, professeur Salifou Sylla s’est prononcé sur la situation sociopolitique qui prévaut en Guinée.

Avec Mediaguinee, cet ancien membre du CNT 2010 et professeur de droit constitutionnel a parlé de la position prise par la Guinée dans le cas du Mali. Le retard dans la mise en place du conseil national de la transition ( CNT) par le colonel Mamadi Doumbouya et de l’incompréhension qui existe entre les partis politiques concernant la désignation du porte-parole du CPP. Interview

Mediaguinee- Que dites-vous de la désolidarisation de la Guinée concernant la décision prise par la CEDEAO contre la junte du Mali?

Quand vous acceptez d’être dans une organisation internationale, que vous adhérez aux règles qui sont fixées là-dedans, et bien cette organisation est en mesure d’appliquer les sanctions si les règles de l’organisation ne sont pas observées.

Pr Salifou Sylla : Je dois préciser que presque la Guinée est dans la même situation que le Mali. Et que la même chose risque de la frapper bientôt. Elle est déjà dans un processus de sanction. Et comme elle ne semble pas aller dans le sens souhaité par la CEDEAO, il est fort probable qu’il y ait une aggravation des sanctions contre la Guinée aussi. Donc en réalité la Guinée se solidarise avec un pays qui est dans la même situation qu’elle. Je dois quand même dire une chose parce que j’ai entendu dire par les Maliens que les sanctions sont illégales, illégitimes et tout. Vous savez ce qu’il y a quand on adhère à un traité international, à une convention internationale on doit savoir que les organisations internationales sont fondées sur des traités, sur des conventions. Et, les pays qui acceptent d’être parties à une convention internationale acceptent bien sûr les droits et obligations qui sont dans la convention. Et, si vous appartenez à une organisation internationale, vous acceptez d’appliquer les règles qui sont dans la convention. Or, pour ce qui est de la CEDEAO, tous ceux qui sont membres ont accepté que dans certaines situations si certaines règles ne sont pas respectées, il y aura des sanctions. Ça, tout le monde l’accepte. Alors, quand vous acceptez d’être dans une organisation internationale, que vous adhérez aux règles qui sont fixées là-dedans, et bien cette organisation est en mesure d’appliquer les sanctions si les règles de l’organisation ne sont pas observées. Ce qui est certain, c’est que les règles de la CEDEAO interdisent les coups d’État. Alors, il est évident que s’il y a un coup d’État, la CEDEAO va prendre des sanctions qui sont prévues dans les textes. Et, nous avons vu que même quand il y a des situations à l’intérieur d’un pays, il est possible que l’on n’aille au-delà des simples sanctions économiques et autres là jusqu’à une intervention militaire. Nous avons vu le cas au Libéria, nous avons vu le cas en sierra Léone. Donc, c’est évident que la CEDEAO est dans son droit de prendre les sanctions si elles estiment que les règles sur lesquelles tout le monde a été d’accord n’ont pas été respectées. Donc, ça m’étonne qu’il ait illégalité ou illégitimité. Et, il n’est pas impossible que les sanctions s’appliquent davantage à la Guinée.

La CEDEAO n’a pas été logique avec elle-même quand elle a permis à des gouvernements des différents pays de violer les règles

Puisque la Guinée refuse de fixer la date pour les élections, elle renvoie les choses et tout ça. Ce qui est gênant dans cette affaire, ce n’est pas le fait de prendre les sanctions. Parce que moi, on ne peut pas me convaincre qu’il y a eu illégalité des sanctions si les règles fixées par la convention ne sont pas respectées, le pays doit être sanctionné. Sinon, il n’y a pas de raison, (….). La difficulté dans cette affaire c’est quoi ? C’est que la CEDEAO n’a pas été logique avec elle-même quand elle a permis à des gouvernements des différents pays de violer les règles. Comme ceux qui ont changé les constitutions, et ça aussi c’est interdit par la CEDEAO. Donc, quand la CEDEAO n’a pas appliqué de sanction, c’est ce qui la met en difficulté avec les populations. Nous avons des gouvernements qui sont passés, qui ont adopté, qui ont tripatouillé, qui ont changé les constitutions. Il n’y a pas eu de sanctions. Donc, alors si cette CEDEAO n’a pas fait preuve de grande fermeté vis-à-vis de ces pouvoirs et que maintenant elle affiche une volonté farouche contre les coups d’État, c’est ça qui provoque l’incompréhension de la population. Si, elle avait sanctionné quand ces choses se passaient en Guinée. il est évident que tout le monde aurait accepté à l’idée aujourd’hui que ce coup d’état devrait être sanctionné de cette manière. Mais le fait de sanctionner n’est pas une violation des règles, c’est prévu. Maintenant si vous même une organisation vous ne faites pas respectées vos règles par les gouvernements membres, vous donnez l’impression que vous formez une espèce de syndicat. Vous, vous soutenez même  l’un de vous qui viole les règles dans son pays et vous acceptez. (…). Le problème, c’est le deux poids deux mesures que la CEDEAO pratique, c’est ça qui n’est pas bon. 

 Depuis près de 4 mois maintenant qu’ils sont au pouvoir, le CNRD dirigé par le colonel Mamadi Doumbouya tarde toujours à mettre en place le CNT. Pour vous en quoi cela s’explique-il ?

Il n’y a pas de raison qu’on ne mette pas en place le CNT

Il y a une espèce de manque de volonté également parce qu’on a dit 81 sièges, on va donner 15 sièges aux partis. Tout en sachant qu’il avait 200 ou 300 partis dans ce pays-là. Les partis n’allaient pas se mettre d’accord. Tout le monde veut aller au CNT alors s’il (CNRD) voit que ça ne peut pas se faire de cette manière. Or, il semble dire dans leur déclaration et dans leur charte que le CNT est un rouage important de la transition, ce n’est pas normal que l’on reste comme ça sans que cet organe ne soit mis en place. Surtout que ce CNT non seulement à des compétences législative à jouer mais il est appelé à élaborer la nouvelle constitution. Alors, tout ce retard qu’on met le CNT n’est pas constitué mais on ne fait preuve d’aucun empressement pour mettre le CNT en place. Je crois que la volonté n’est pas là véritablement pour mettre en place le CNT. Sinon on arrive au 4ème mois on aurait dû mettre le CNT en place. Il y a eu un 1er CNT ici dont moi j’ai été membre en 2010. Mais on n’a pas mis le temps pour mettre le CNT en place.(…).  Donc, je crois qu’il faut qu’il fasse preuve de prise de volonté pour mettre en place le CNT ou peut-être s’arranger aussi quand il n’y a pas de CNT ça ne leur dérange pas. Parce qu’ au CNT, il y aura nécessairement des débats. Or, actuellement ils prennent les décisions comme bon leur semble. Alors, je crois qu’il n’y a pas de raison qu’on ne mette pas en place le CNT. (…).

 Pour faire front face au CNRD, les différents partis politiques de la Guinée ont mis en place une coalition. Mais ils n’arrivent pas à se comprendre autour du choix du porte-parole. Qu’en pensez-vous ?

Tout le monde sait que Cellou Dalein Diallo est un poids politique très important.  Et, il est évident que d’autres peuvent penser que cela permettra à Cellou de faire une prégnance sur l’ensemble (…). D’ailleurs, c’est le parti le plus important, il n’y a aucun doute là-dessus. Quand on voit même les élections qui sont passées ici. Ce parti est plus puissant que le RPG…

Cette multitude de partis politiques dérange. Ce que j’en pense, vous avez 200 à 300 partis politiques. Beaucoup de partis politiques ne représentent rien du tout. Et ce sont les plus bavards. Il y’a beaucoup de choses qui opposent ces partis entre eux. Tout le monde sait comment ces partis se sont affrontés ici. Mais tout le monde sait que Cellou Dalein Diallo est un poids politique très important.  Et, il est évident que d’autres peuvent penser que cela permettra à Cellou de faire une prégnance sur l’ensemble (…). D’ailleurs c’est le parti le plus important, il n’y a aucun doute là-dessus. Quand on voit même les élections qui sont passées ici. Ce parti est plus puissant que le RPG. Le RPG utilisait les moyens de l’État pour se fabriquer des sièges et tout ça. Avec toutes les tricheries, mais le parti là est plus important. (…).  Quelqu’un qui a 5 militants, on ne peut pas le comparer à un parti qui a des millions de militants.  Ce n’est pas possible alors on reste dans l’égalitarisme-là qui n’a absolument aucun sens. Maintenant, ils veulent un porte-parole, ils ont choisi Cellou Dalein Diallo mais ils ne sont pas d’accord. D’autres disent que c’est Makale Traore qu’on va mettre. Elle, son parti ça représente quoi ? Mais c’est le problème que tout le monde veut parler. La seule chose qui va départager un jour très sérieusement les partis dans ce pays, c’est s’il y a des élections crédibles. Je ne dis pas les tricheries. Mais s’il y a des élections crédibles c’est sur la base des élections de ce que vous représentez en nombre de sièges que votre parti peut être important. Nous sommes à un moment où il y’a plus de doctrine pour les partis. Est-ce que vous connaissez le programme d’un parti politique dans ce pays ?. Tous les partis reposent sur les individus. Celui qui est dirigeant domine le parti. (…). Donc, pour moi je ne sais pas ce qui les anime, ils disent qu’ils sont pressés, ils se réunissent, c’est la cacophonie. Tout le monde parle, vous ne tirerez rien de bon. (…). Je crois qu’ils auraient dû  au moins s’entendre. Parce qu’ils ont dit que même si le CNT est mis en place ils continueront à se réunir.

Je crains qu’en fin de compte ce CNRD ne finisse par désigner lui- même les membres du CNT

J’ai peur qu’on ne tombe dans les mêmes travers que ce qui est arrivé avec Dadis et consorts. Vraiment, les Guinéens ne tirent pas les leçons. Je suis très perplexe quand je vois ces agitations qui ne servent à rien. C’est malheureux et je ne sais pas comment on va s’en sortir. (…). C’est que les règles ont été déréglées, ont été dénaturées au temps d’Alpha Condé. Il a permis à des partis insignifiants pour tuer les grands partis. Il a donné une impulsion aux petits partis qui étaient là. Des gens qui ne font que bavarder, raconter des histoires, insulter, ce sont ces gens-là. Alors tout le désordre est venu de là. Je crains qu’en fin de compte ce CNRD ne finisse par désigner lui- même les membres du CNT. 

Réalisée par Elisa Camara 

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