Infrastructures numériques : la Guinée lance le projet d’un deuxième câble sous-marin

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La République de Guinée, sous le leadership du président Mamadi Doumbouya, s’apprête à franchir une nouvelle étape dans le renforcement de sa connectivité numérique.

Plus d’une décennie après l’atterrissement de son premier câble sous-marin, le pays a procédé, ce mercredi 6 mai 2026, à la signature d’un accord pour la mise en place d’un second câble, avec pour objectif de consolider son autonomie numérique.

Porté par la société Medusa West Africa, ce projet marque un nouveau cap dans la connectivité internationale de la Guinée. Il s’inscrit pleinement dans la vision Simandou 2040 et vise à sécuriser durablement l’accès du pays aux réseaux mondiaux.

Ce deuxième câble permettra notamment de réduire la dépendance à une infrastructure unique, d’améliorer la qualité et l’accessibilité du haut débit, mais aussi de stimuler l’économie numérique et l’innovation en Guinée, à l’instar des dynamiques observées dans plusieurs pays de la sous-région.

« Notre unique câble sous-marin arrive aujourd’hui à un seuil critique de sollicitation. Année après année, le trafic international guinéen croît à un rythme soutenu, comparable à celui observé dans toute la sous-région ouest-africaine. La capacité disponible se réduit, le pic d’usage se rapproche significativement des limites techniques de l’infrastructure. Il faut le dire avec gravité, un câble sous-marin, aussi performant soit-il, demeure un objet exposé aux ancres des navires, aux mouvements des fonds marins, aux aléas techniques. Partout dans le monde, des incidents surviennent chaque année. (…). C’est cette double équation, celle de la saturation et celle de la dépendance, que ce projet stratégique vient résoudre. (…). Nous tirerons les leçons de plus d’une décennie de gestion du câble sous-marin ACE. Nous mobiliserons les compétences guinéennes. Nous travaillerons main dans la main avec le constructeur, avec l’autorité de régulation, avec les opérateurs et avec l’ensemble de l’écosystème numérique pour que ce câble, demain, soit un instrument au service de tous », a expliqué Ahmed Karifa Diawara, directeur général de la Guinéenne de large bande (GUILAB).

Maître d’ouvrage du projet, Medusa West Africa jouit d’une solide réputation dans le domaine. Prenant la parole lors de la cérémonie de signature de cet accord, le Directeur général adjoint en charge du projet, Damien Bertran, a souligné qu’il s’agit, selon lui, « d’une ambition partagée et d’une étape décisive vers une connectivité numérique africaine renforcée, à travers la construction d’une infrastructure résiliente et performante ».

« Medusa Africa est pleinement alignée avec la vision du programme Simandou 2040, qui reconnaît qu’aucune croissance économique durable ne peut exister sans une infrastructure numérique solide. Aux côtés des chemins de fer, des ports et des zones industrielles, la connectivité devient un atout stratégique pour libérer tout le potentiel de la Guinée, et l’atterrissage à Conakry sera une étape clé. Ce sera une contribution que nous pensons très importante pour les services numériques, le développement économique et l’intégration régionale. Donc la Guinée devient un véritable hub clé de connectivité », a-t-il indiqué.

En dotant la Guinée d’un second câble sous-marin qui vient s’ajouter au rapatriement du .GN, les autorités opèrent un choix stratégique fort, celui de sécuriser les données nationales.

Selon le ministre de la Communication, des télécommunications et de l’innovation, Mourana Soumah, dont le département pilote ce projet structurant, cette initiative, alignée sur les priorités présidentielles, dépasse largement le seul secteur des télécommunications.

« En dotant la Guinée d’un second câble sous-marin, nous faisons un choix stratégique. Nous décidons de sécuriser notre connectivité, de renforcer notre résilience et surtout de créer les conditions d’une montée en puissance de notre économie numérique, qui va impacter forcément sur l’économie réelle, puisque cette économie réelle va dépendre en grande partie de notre capacité à nous connecter au reste du monde. L’impact de cette décision dépasse donc largement le cas des télécoms. Les études internationales démontrent qu’une augmentation de 10 % de la pénétration du haut débit peut générer un ou deux points de croissance supplémentaires du PIB. Cela veut dire que l’économie numérique devient aujourd’hui une nécessité. Cela fait 50 % du PIB de la Chine, 14 % pour la Côte d’Ivoire et 12 % pour le Sénégal. La Guinée en a 4 %. Cela veut dire qu’on a beaucoup de marges, mais il n’y a pas d’économie numérique sans infrastructures numériques. C’est aussi la capacité pour notre pays, pour notre système financier, de fonctionner de manière plus fluide et plus sécurisée, pour notre administration de se digitaliser, pour nos entrepreneurs de se connecter au marché international et pour notre pays de se positionner comme une destination crédible pour les investissements numériques », a-t-il indiqué.

Encourageant la Guinée à s’orienter vers de grands projets structurants, créateurs d’emplois et de revenus pour les populations, Mourana Soumah a ajouté que seules ces valeurs ajoutées « créées localement permettront à la Guinée d’atteindre un niveau de PIB élevé et inclusif ».

« Cette conviction a été renforcée par une récente mission au Kenya où on a observé de manière très concrète ce que signifie investir massivement et de manière cohérente dans les efforts, surtout numériques. Dans ce pays donc, des dizaines de milliers de kilomètres de fibre optique sont déployés pour anticiper la demande et non la subir. Aujourd’hui, ils sont à près de 14 000 kilomètres. Ils tendent vers 40 000 et la cible est de 100 000 kilomètres. La Guinée, nous sommes à 4 325 kilomètres. Je suis arrivé, on a fait un examen clinique. Je veux au moins aller à 10 000, mais l’idée, c’est d’aller à plus que ça, parce que l’économie est en train de croître. Il faut une corrélation forte entre cette économie réelle et l’économie numérique et les infrastructures numériques. Le numérique ne se décrète pas, il se construit d’abord par des infrastructures solides, planifiées et dimensionnées pour l’avenir. C’est exactement le choix que nous faisons aujourd’hui avec Medusa. Le projet n’est pas simplement un cap supplémentaire, c’est un levier structurant pour accompagner la transformation de notre économie, soutenir les grands projets nationaux et inscrire la Guinée dans une trajectoire de souveraineté numérique », a-t-il ajouté.

Le Premier ministre, Amadou Oury Bah, qui présidait la cérémonie de signature a lui aussi insisté sur les impératifs de responsabilité et de développement des infrastructures. Selon lui, si ce projet de deuxième câble sous-marin est désormais acquis, il convient à présent de se projeter vers une troisième infrastructure et d’accélérer le déploiement massif de la fibre optique sur l’ensemble du territoire.

« Merci d’avoir engagé la procédure pour que nous soyons, comme disent les informaticiens, update, mais ce n’est pas suffisant. Deux câbles, ce n’est pas suffisant. On ne dit jamais deux sans trois. Donc, d’ores et déjà, il faut penser à un troisième. C’est une question de sécurité nationale et c’est une urgence, surtout dans ce monde qui est de plus en plus particulièrement perturbé et dangereux. Ceci dit, la mer, oui, mais les airs aussi. Depuis l’année dernière, ou même plus, la question de la couverture des zones blanches est devenue une priorité pour nos voisins. Les responsables de l’ARPT sont là. Il y a un dossier qui a été transmis à l’ARPT pour étudier les modalités, pour envisager que nous puissions avoir, comme les autres pays africains, des accords avec ceux que vous connaissez, qui offrent des services dans ce sens. L’autre point, c’est la GUILAB aussi, le Backbone. Il est de 4 000 kilomètres, mais est-ce qu’on l’utilise conséquemment ? Est-ce que les dispositions sont prises pour que cela puisse être rentabilisé ? Je ne pense pas. D’où la nécessité de tout mettre en œuvre pour que tous les secteurs de l’administration guinéenne, y compris le secteur privé, commencent les études techniques pour l’utilisation optimale des 4 000 kilomètres que nous avons déjà et envisagent, disons, le déploiement de la fibre optique de manière beaucoup plus large. C’est une question d’urgence nationale », a-t-il laissé entendre.

Au-delà de l’atterrissement de ce câble sous-marin, la société Medusa West Africa assurera également son exploitation pour les 25 prochaines années. Avec ce projet, la Guinée renforce significativement ses capacités numériques et sa connectivité internationale.

MohamedNana BANGOURA

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