Incendie de Kagbélén : pour que la prévention devienne enfin une politique publique nationale (Par Mohamed Kouyaté)

il y a 2 heures 22
PLACEZ VOS PRODUITS ICI

CONTACTEZ [email protected]

Mohamed Kouyaté

Au petit matin du 26 janvier 2026, un incendie d’une extrême violence s’est déclaré dans un atelier de menuiserie en bois à Kagbélén, dans la préfecture de Dubréka. Selon la presse locale, le sinistre a causé la mort de plusieurs enfants et fait de nombreux blessés graves.

Ce drame, profondément bouleversant, rappelle avec force une réalité trop longtemps ignorée : la Guinée continue de payer un lourd tribut à l’absence de réglementation structurée en matière de sécurité incendie.

Au-delà de l’émotion légitime, ce nouvel incendie doit être analysé comme un signal d’alerte national appelant une réponse institutionnelle forte, durable et cohérente.

Des drames à répétition, un même constat

L’incendie de Kagbélén n’est malheureusement pas un cas isolé. Ces dernières années, des ateliers de menuiserie, garages automobiles, marchés, entrepôts artisanaux et dépôts informels ont régulièrement été ravagés par les flammes à travers le pays.

À chaque sinistre, les mêmes causes structurelles apparaissent :

absence de normes techniques applicables ;
coexistence dangereuse entre lieux de travail et d’habitation ;
accumulation incontrôlée de matériaux hautement combustibles ;
installations électriques non vérifiées ;
inexistence d’extincteurs et de moyens de première intervention ;
absence d’issues de secours ;
aucun dispositif de formation à la prévention incendie.

Cette répétition tragique révèle une vérité incontestable : la Guinée souffre moins d’un déficit d’intervention que d’un déficit de prévention.

Les ateliers de menuiserie : des établissements à risques particuliers

Les ateliers de menuiserie figurent parmi les activités présentant les risques incendie les plus élevés, en raison notamment :

de la forte inflammabilité du bois ;
de la production permanente de poussières combustibles ;
de l’utilisation d’équipements électriques puissants ;
du stockage souvent anarchique des matières premières.

À l’échelle internationale, les poussières de bois sont reconnues comme potentiellement explosives, capables de provoquer un embrasement généralisé en quelques secondes lorsqu’aucune mesure de prévention n’est mise en œuvre.

Sans encadrement réglementaire strict, ces ateliers deviennent de véritables foyers de danger, souvent implantés au cœur des zones d’habitation.

Dans les pays disposant d’une politique publique structurée de sécurité incendie, ces risques sont encadrés par des textes clairs et contraignants.

En France, par exemple, les ateliers de menuiserie sont soumis :

au Code du travail (articles R.4227-1 et suivants) ;
et, lorsqu’ils reçoivent du public, au règlement de sécurité des établissements recevant du public (ERP).

Ces textes imposent notamment :

une ventilation permanente des locaux ;
le captage des poussières de bois à la source ;
la présence d’extincteurs adaptés ;
un éclairage de sécurité fonctionnel ;
des consignes incendie affichées ;
des dégagements et issues de secours dégagés ;
un cloisonnement coupe-feu ;
une organisation rigoureuse du stockage ;
une formation obligatoire du personnel à la prévention et à l’évacuation.

Ces exigences ne sont pas accessoires : elles constituent le fondement même de la prévention incendie moderne.

Reconnaître les avancées historiques déjà engagées

Toute analyse honnête impose de reconnaître les progrès majeurs réalisés ces dernières années.

Sous le leadership du Président de la République, Son Excellence Mamadi DOUMBOUYA, la Protection civile guinéenne a bénéficié d’investissements sans précédent.

Jamais dans l’histoire du pays :

autant d’engins d’intervention modernes n’avaient été acquis ;
autant de matériels spécialisés n’avaient été déployés ;
autant de ressources publiques n’avaient été mobilisées en faveur de la sécurité incendie.

Ces efforts traduisent une volonté politique claire : renforcer la capacité de réponse de l’État face aux catastrophes.

Mais l’équipement seul ne permet pas d’éviter les drames

L’expérience internationale est sans équivoque :

les engins et les équipements interviennent une fois le sinistre déclaré ;
la réglementation permet d’empêcher l’incendie de naître, ou à défaut d’en réduire considérablement la gravité.

Autrement dit, les machines éteignent le feu, les textes réglementaires empêchent qu’il ne se déclare.

Sans cadre juridique clair, même les investissements les plus importants produisent un impact limité.

Une opportunité historique pour le Chef de l’État

En complétant les investissements matériels déjà réalisés par une réforme profonde du cadre réglementaire, la Guinée pourrait franchir un tournant historique.

Doter le pays :

d’un règlement général de sécurité incendie ;
de dispositions particulières par secteur d’activité ;
de normes spécifiques pour les ateliers, garages, marchés, industries et entrepôts ;
de mécanismes de contrôle, d’agrément et de sanction ;

permettrait de structurer durablement la prévention sur l’ensemble du territoire national.

Une telle réforme placerait la Guinée parmi les États africains pionniers en matière de protection civile moderne.

Si le Président Mamadi DOUMBOUYA réussit cette transformation institutionnelle, il laissera une empreinte durable dans l’histoire de la Guinée et de l’Afrique, en érigeant la protection de la vie humaine en pilier central de l’action publique.

Réglementer, contrôler, former : le triptyque indispensable

Toute politique efficace de sécurité incendie repose sur trois piliers indissociables :

1. des textes réglementaires clairs, accessibles et applicables partout en Guinée ;
2. un contrôle rigoureux et permanent sur le terrain ;
3. une formation massive des acteurs économiques et sociaux.

Sans ce triptyque, les incendies continueront d’endeuiller les familles guinéennes.

Faire de la prévention un héritage national

Le drame de Kagbélén doit marquer un tournant. Il ne s’agit plus seulement d’intervenir après les catastrophes, mais de prévenir avant qu’elles ne surviennent.

Prévenir, c’est gouverner. Réglementer, c’est protéger.Anticiper, c’est sauver des vies.

Mohamed KOUYATÉ, Expert en sécurité incendie et spécialiste en Changements institutionnels, risques et vulnérabilité sociale

L’article Incendie de Kagbélén : pour que la prévention devienne enfin une politique publique nationale (Par Mohamed Kouyaté) est apparu en premier sur Mediaguinee.com.

Lire l'article en entier