Guinée Gn : La pénurie de liquidité ,état des lieux, responsabilités et propositions de solutions (Alsény Sylla)

il y a 2 heures 15
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http://Actuguinee.org/ Le constat est devenu familier, presque banal, pour nos concitoyens.
Faire la queue pendant des heures devant les banques et les distributeurs automatiques, sans la certitude de pouvoir retirer son propre argent.
Ce phénomène, que nous appelons LE MANQUE DE LIQUIDITÉ, se définit par une insuffisance chronique de billets de banque en circulation dans l’économie par rapport à la demande des agents économiques.
Ce problème, récurrent en Guinée, n’est pas un simple incident technique.
Il s’agit d’un symptôme profond de dysfonctionnements économiques et structurels.
Il érode la confiance des citoyens dans le système financier, paralyse le commerce quotidien et freine l’activité économique nationale.
Au cœur de ce débat se trouve la stratégie affichée des autorités, la promotion des paiements électroniques.
Mais cette stratégie est-elle la solution ou une cause supplémentaire du problème ?
Dès lors, la question centrale qui se pose est Comment expliquer la persistance du manque de liquidité en Guinée et dans quelle mesure la transition vers les paiements électroniques, présentée comme une solution, aggrave-t-elle ou résout-elle ce problème de confiance et de fonctionnement du système monétaire ?
Autrement dit, s’agit-il d’une mauvaise gestion de la masse monétaire, d’une conséquence inévitable de la modernisation ou d’une combinaison complexe des deux ?
Le manque de liquidité en Guinée est le résultat d’une tempête parfaite où se conjuguent une offre structurellement inadéquate de billets, une demande exceptionnellement forte pour ces mêmes billets et une stratégie de digitalisation financière qui, si elle n’est pas accompagnée de mesures adéquates, peut exacerber la PÉNURIE en asséchant VOLONTAIREMENT le marché des espèces sans offrir une alternative viable et acceptée par tous.
Dans les lignes qui suivent, nous développerons cette idée en trois parties.
LES FACTEURS EXPLICATIFS DE LA PÉNURIE
Cette première partie dresse le bilan des causes profondes.
S’agissant des facteurs liés à l’offre et à la gestion par les autorités, les difficultés logistiques constituent un premier obstacle majeur.
L’acheminement des billets depuis l’étranger, où ils sont imprimés, engendre des coûts de transport et de sécurisation particulièrement élevés.
Par ailleurs, la gestion de la masse monétaire par la Banque Centrale révèle des problèmes de pilotage.
La quantité de monnaie mise en circulation est parfois en décalage avec les besoins réels de l’économie, surtout en période de fortes dépenses publiques comme la fin d’année ou ce mois saint de Ramadan et de carême.
Enfin, le parc de distributeurs automatiques de billets reste insuffisant et mal entretenu.
Le nombre limité de DAB, souvent en panne ou à sec, ne permet pas une distribution fluide des espèces.
Concernant les facteurs liés à la demande et aux comportements des citoyens, la prédominance de l’économie informelle constitue un élément déterminant.
Plus de quatre-vingts pour cent (80%) de l’économie guinéenne fonctionne au cash.
Les salaires, les achats au marché, les transports, tout se règle en espèces ( l’État a fait un effort dans ce sens  pour faire la bancarisation  des fonctionnaires mais et ceux qui ne sont pas fonctionnaires ? )
À cela s’ajoute une préférence culturelle marquée pour le tangible et une méfiance historique envers le système bancaire, alimentée par la peur des faillites, les frais cachés et la lenteur des services.
En période d’incertitude politique ou économique, les particuliers et les commerçants ont également tendance à thésauriser, c’est-à-dire à garder de grosses sommes chez eux, ce qui retire durablement les billets du circuit économique.
LE RÔLE DES PAIEMENTS ÉLECTRONIQUES
Nous analysons ici la stratégie gouvernementale de digitalisation financière.
Du côté de la vision officielle, la  DIGITALISATION est présentée comme une solution.
L’objectif affiché par les autorités est de réduire la dépendance au cash afin de diminuer les coûts et les risques liés à la gestion des espèces.
Les paiements électroniques permettent également de mieux capter les flux financiers, favorisant ainsi l’élargissement de l’assiette fiscale, et d’intégrer davantage de personnes dans le système financier formel via le mobile money.
Enfin, la digitalisation vise à faciliter les transactions, surtout pour les gros montants comme les paiements des fournisseurs de l’État.
Cependant, la réalité sur le terrain révèle que cette transition peut aggraver le manque de liquidité.
Malgré des intentions louables, la transition digitale produit des effets pervers.
L’encouragement, voire l’imposition, des paiements électroniques pour certaines transactions conduit à un assèchement volontaire du cash.
L’État réduit la quantité d’espèces qu’il met lui-même en circulation.
Moins de cash injecté par les grands donneurs d’ordre signifie moins de cash disponible pour les retraits.
Nous vivons ainsi une transition douloureuse marquée par la dualité du système.
L’offre de cash diminue, mais la demande reste très forte en raison de la persistance de l’informel.
Le fossé se creuse inévitablement.
Par ailleurs, le problème du retrait des espèces après réception de paiements électroniques apparaît comme un facteur aggravant.
Les commerçants et particuliers qui reçoivent des paiements électroniques via le mobile money ont besoin de les retirer en espèces pour payer leurs propres fournisseurs ou employés qui n’acceptent pas le digital. Cette demande de reconversion du numérique en physique exerce une pression énorme sur les guichets et les distributeurs, créant les longues files d’attente que nous observons quotidiennement.
PISTES DE SOLUTION ET RÔLES DES ACTEURS
Cette dernière partie propose des actions concrètes impliquant l’ensemble des parties prenantes.
Le rôle de l’autorité est celui de l’architecte du système.
L’État et la Banque Centrale doivent d’abord améliorer la gestion de la MASSE MONÉTAIRE en anticipant mieux les besoins saisonniers et en assurant une injection plus fluide des billets dans l’économie.
Ils doivent également investir dans la logistique en modernisant la chaîne d’approvisionnement et de distribution des billets, tout en augmentant le nombre de distributeurs automatiques et en garantissant leur maintenance.
L’accompagnement de la transition digitale constitue un chantier prioritaire.
Il ne suffit pas de promouvoir le numérique. Il faut créer un véritable écosystème.
Cela passe par la baisse des coûts des transactions et des retraits en agence, par l’interopérabilité totale permettant des transferts fluides entre tous les opérateurs de mobile money et les banques, par des campagnes massives de pédagogie pour éduquer et rassurer la population sur la sécurité des paiements électroniques, et enfin par la sécurisation de l’épargne numérique afin de garantir que l’argent sur les comptes mobile money est aussi sûr que celui déposé à la banque.
Le rôle du citoyen est celui de l’acteur du changement.
Les citoyens ont également leur part de responsabilité dans la résolution de cette crise.
Ils peuvent adopter progressivement le digital en utilisant le mobile money pour les petites dépenses quotidiennes, les transferts d’argent et le paiement des factures.
En privilégiant les commerçants qui acceptent les paiements électroniques, ils contribuent à exiger la traçabilité des transactions.
Enfin, en réduisant la thésaurisation et en faisant confiance aux institutions financières pour la garde de leur épargne, ils remettent l’argent en circulation et participent au financement de l’économie via les crédits.
La sécurisation globale du système constitue le fondement de toute solution durable.
La sécurisation physique passe par la lutte contre le banditisme qui alimente la préférence pour le cash caché, ainsi que par la protection des convois de fonds et des distributeurs.
La sécurisation numérique implique le renforcement de la cybersécurité pour prévenir les fraudes et les piratages, qui constituent un frein majeur à l’adoption du digital.
Enfin, la sécurisation juridique nécessite la création d’un cadre légal clair et protecteur pour les transactions électroniques, définissant précisément les responsabilités en cas d’incident comme la perte d’un téléphone ou une erreur de transfert.
EN DÉFINITIVE , le manque de liquidité en Guinée est bien plus qu’une simple panne de distributeurs.
Il reflète une économie à la croisée des chemins, tiraillée entre un passé informel dominant et un futur digital souhaité.
Les facteurs explicatifs sont multiples. Une logistique défaillante de la Banque Centrale.
Une préférence culturelle enracinée pour le cash.
Et une stratégie de digitalisation qui, bien que nécessaire et porteuse d’avenir, a agi comme un révélateur et un accélérateur de la pénurie en asséchant le marché des billets sans offrir une alternative universellement adoptée.
La solution ne réside ni dans un retour en arrière, ni dans une transition brutale et mal accompagnée.
Elle se trouve dans une approche holistique et progressive qui exige une symbiose d’actions.
De l’autorité, qui doit non seulement moderniser la distribution du cash mais surtout bâtir un écosystème numérique de confiance, accessible et peu coûteux.
Du citoyen, qui doit, par pragmatisme et confiance retrouvée, embrasser les outils digitaux comme un complément puis un substitut au cash.
D’une sécurisation renforcée à tous les niveaux pour protéger les deux formes de monnaie et convaincre les plus réticents.
C’est en résolvant cette équation complexe que la Guinée pourra non seulement mettre fin aux files d’attente frustrantes devant les banques, mais aussi franchir un pas décisif vers une économie moderne, inclusive et prospère.
La LIQUIDITÉ , qu’elle soit physique ou électronique, n’est que le SANG  de l’économie.
La confiance dans le système en est le COEUR. Et c’est ce COEUR  qu’il faut aujourd’hui consolider pour rendre la VISION de notre Chef Suprême, Chef de l’État Président Mamadi Doumbouya claire et accessible à toutes et à tous pour ce septennat.
Alseny Sylla « Albert » Ancien étudiant de la Haute École de Commerce ( HEC) de l’Université de Lausanne.
Actuellement employé à Aldi Suisse 🇨🇭
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