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Après plus de trois années passées hors de son pays, Paul-Henri Sandaogo Damiba est désormais au cœur d’une tempête judiciaire aux conséquences lourdes et durables. Ancien chef de la junte arrivé au pouvoir par le coup d’État de septembre 2022, puis renversé à son tour, Damiba croyait avoir trouvé dans l’exil une forme de protection. Mais en ce début d’année 2026, le temps de l’errance politique a laissé place à celui des comptes à rendre devant la justice.
Installé au Togo depuis sa chute, l’ancien homme fort du Burkina Faso a été arrêté le 16 janvier 2026 par les autorités togolaises, puis extradé vers Ouagadougou le lendemain. Cette extradition fait suite à une demande officielle des autorités burkinabè, transmise le 12 janvier, dans un contexte marqué par de nouvelles accusations, notamment une tentative de coup d’État contre le régime en place dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré.
Selon le communiqué officiel rendu public le 20 janvier 2026 par le gouvernement togolais, les charges retenues contre Paul-Henri Sandaogo Damiba sont particulièrement graves. Il est poursuivi pour détournement criminel de deniers publics, enrichissement illicite, corruption, blanchiment de capitaux, recel aggravé et incitation à la commission de crimes et de délits. À ces accusations s’ajoute la dimension politique et sécuritaire liée aux soupçons de déstabilisation de l’État burkinabè.
Avant de donner suite à la demande d’extradition, le Togo affirme avoir procédé à un examen rigoureux du dossier. Les autorités togolaises ont tenu à souligner que cette décision n’a pas été prise à la légère. La chambre d’instruction de la cour d’appel de Lomé a siégé en urgence le jour même de l’arrestation afin d’évaluer la régularité de la procédure et la conformité de la demande burkinabè aux normes juridiques nationales et internationales.
Le Togo a posé des conditions claires avant d’accepter l’extradition. Parmi ces conditions figurent des garanties fermes sur le respect de l’intégrité physique et morale de Paul-Henri Sandaogo Damiba, la préservation de sa dignité humaine, ainsi que le respect strict de ses droits tout au long de la procédure judiciaire. Le gouvernement togolais a également exigé l’assurance formelle que l’ancien chef de la junte bénéficiera d’un procès équitable, conformément aux standards internationaux en matière de droits de l’homme.
Un point essentiel a également pesé dans la décision togolaise : l’absence de la peine de mort dans le traitement de ce dossier. Cette garantie a été explicitement mentionnée comme un élément déterminant ayant permis à la juridiction togolaise de donner un avis favorable à l’extradition. Lomé a par ailleurs invoqué les instruments juridiques internationaux auxquels le Togo est partie, ainsi que l’offre de réciprocité formulée par les autorités burkinabè.
Une fois ces conditions réunies, Paul-Henri Sandaogo Damiba a été remis aux autorités du Burkina Faso le 17 janvier 2026. Son retour forcé sur le sol national marque une étape décisive dans une affaire qui dépasse largement sa personne. Il s’agit aussi d’un signal politique fort envoyé par les autorités de transition, qui affichent leur volonté de lutter contre l’impunité et de poursuivre les anciens dirigeants soupçonnés de graves dérives.
Sur le plan judiciaire, les risques encourus par l’ancien chef de la junte sont considérables. Les infractions financières telles que le détournement de deniers publics, l’enrichissement illicite et le blanchiment de capitaux sont passibles de lourdes peines de prison, pouvant aller de dix à vingt ans, voire davantage en cas de circonstances aggravantes. Le fait que ces actes aient été commis alors qu’il exerçait les plus hautes fonctions de l’État pourrait peser lourdement dans l’appréciation des juges.
Les accusations d’incitation à la commission de crimes et de délits, ainsi que les soupçons de tentative de coup d’État, relèvent quant à elles des atteintes à la sûreté de l’État. Dans ce type d’affaires, la justice burkinabè peut prononcer des peines très sévères, allant jusqu’à la réclusion criminelle à perpétuité. Même en l’absence de la peine de mort, formellement exclue, les sanctions restent parmi les plus lourdes prévues par l’arsenal pénal.
Au-delà de l’emprisonnement, Paul-Henri Sandaogo Damiba risque également des sanctions patrimoniales importantes. En cas de condamnation, la justice pourrait ordonner la confiscation totale ou partielle de ses biens, la saisie de comptes bancaires et la restitution des fonds supposément détournés. Ces mesures visent à réparer le préjudice causé à l’État et à envoyer un message clair contre la corruption et la mauvaise gouvernance.
Sur le plan militaire et politique, l’ancien président de la transition s’expose à une déchéance définitive. Il pourrait perdre tous ses grades militaires, être privé de ses droits civiques et politiques et se voir interdire toute fonction publique à vie. Une telle issue signerait non seulement la fin de sa carrière politique, mais aussi son effacement durable de la scène nationale.
L’affaire Damiba intervient dans un contexte politique sensible, marqué par une transition militaire qui cherche à s’imposer comme un pouvoir de rupture. Le traitement judiciaire de ce dossier sera donc scruté avec attention, tant par l’opinion publique burkinabè que par la communauté internationale. Pour les autorités, il s’agit de démontrer que nul n’est au-dessus de la loi, pas même ceux qui ont exercé le pouvoir par les armes.
Désormais entre les mains de la justice de son pays, Paul-Henri Sandaogo Damiba entre dans une phase décisive de son parcours. De chef de l’État à justiciable ordinaire, son destin se joue désormais dans les prétoires. L’issue de ce procès pourrait marquer durablement l’histoire politique récente du Burkina Faso et servir de référence pour les générations futures.
Aboubacar SAKHO
Expert en Communication
L’article Damiba face à son destin judiciaire : de l’exile forcé à l’épreuve de la justice Burkinabè est apparu en premier sur Actuguinee.org.
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