Culture | Gastronomie : Le Damier, lieu emblématique de l’Histoire de Conakry, nous prépare une belle métamorphose !

il y a 4 mois 145
CONTACTEZ info@lekaloum.com

Il y a des lieux à Conakry qui nous donnent l’impression de voyager dans le temps… Le Damier, restaurant, pâtisserie et chocolaterie située en ville, en face du marché Niger, en fait partie.
 
Mais aujourd’hui, cette maison emblématique de Conakry est plus que jamais en danger de disparition.
 
Pour accompagner la métamorphose de ce lieu riche d’un vrai savoir-faire, d’une beauté à couper le souffle et regorgeant de mets délicieux, nous avons rencontré Mme Barry Fatoumata Diaraye Bah, la mémoire d’une histoire avec laquelle nous avons tous grandi.

Bonjour Mme Barry ! C’est un plaisir pour nous d’être ici. Pouvez-vous nous retracer en quelques mots l’histoire du Damier ?
Merci beaucoup de m’avoir donné la parole. Le Damier a été ouvert en juin 1988 par M. André Chaperon. Au début, c’était juste une pâtisserie-boulangerie, dans la salle d’en bas.

Après 10 ans, M. Chaperon a pris l’initiative d’emménager la salle d’en haut, où nous nous trouvons actuellement. Elle a un espace de restauration non-fumeur, une salle de réception où nous recevons les officiels, les ambassadeurs, ainsi que d’autres sections.

Petit à petit, le Damier a commencé à acquérir une renommée mondiale. Parmi tous ceux qui venaient en Guinée pour la première fois, on ne parlait que du Damier et son site web était très visité. Quand les gens voulaient venir en Guinée, on leur recommandait de venir manger au Damier.

Qu’est-ce qui a fait cette renommée du Damier, qui dépassait les frontières de la Guinée ? Les plats étaient si bons que ça ?!
C’était et c’est toujours vraiment bon ! C’est grâce à une équipe hors du commun, dynamique et pleine d’un savoir-faire local, reconnu. Que ce soit le personnel à la caisse, les serveurs, les chefs cuisiniers et pâtissiers, …

C’est une équipe bien formée et stable. Parmi nous, il n’y en a pas un qui n’ait fait au minimum 15 ans dans cet établissement. D’autres y travaillent depuis 20 ans, voire plus de 30 ans. Moi qui vous parle par exemple, je suis là depuis 1989 !

Ce qui fait la magie de ce lieu, c’est avant tout son personnel.

Et les chefs dans les cuisines ? Diriez-vous qu’ils ont une maîtrise de leur art ?
Une très grande maîtrise. À l’époque, à travers M. Chaperon, nous étions en liaison avec de grandes institutions gastronomiques en France. Elles nous envoyaient tous les mois des revues sur les arts de la table. Et très régulièrement, on était poussés à nous perfectionner, à nous mettre à jour de façon continue sur l’évolution de la cuisine, de la pâtisserie, etc.

Et puis la propreté ! C’était une autre exigence que nous avons très tôt comprise et inculquée à toute l’équipe. Nous continuons à faire vivre ces arts culinaires, au jour le jour.

On a évolué comme ça et on a acquis une clientèle fidèle : les ambassades, les institutions internationales, les groupes miniers…. Tout le monde mangeait au Damier. On ne passait pas une semaine sans qu’il y ait des cocktails, dîners, pause-cafés et autres rencontres professionnelles …

Quand est-ce que les problèmes du Damier ont vraiment commencé ?
Les problèmes ont vraiment commencé le 1er octobre 2019. Ce jour-là, c’était un lundi, la veille de la fête de l’Indépendance. À 15h30, comme à son habitude, notre patron a pris son sac et nous a dit au revoir, comme s’il allait revenir le lendemain.

Nous les travailleurs sommes revenus le jour de la fête. Parce qu’il faut rappeler que le Damier est ouvert du lundi au samedi, quelque soient les circonstances et y compris les jours fériés.

Alors, on vient le mardi… On ne voit pas M. Chaperon… On s’est ensuite rendus à son domicile, où ils nous ont informé qu’il était rentré en France pour des raisons médicales. Mais on a vite compris qu’il était parti définitivement. Du jour au lendemain, nous, les 32 employés, nous sommes retrouvés avec le Damier en main.

Avez-vous pu vous entretenir avec M. Chaperon pour comprendre les raisons de son départ ?
Au début, le maître d’hôtel a échangé avec lui via WhatsApp. Mais finalement, il a coupé toutes les voies de communication. Il a simplement dit qu’il était malade. Mais je pense que les raisons de son départ sont plus complexes que cela.

André Chaperon était un vrai bosseur. Mais pour des raisons personnelles, il est parti sans nous prévenir et avec tous les fonds de la caisse. Bien que nous ayons intenté une action en justice contre lui, nous reconnaissons ce qu’il a fait pour le Damier. C’est juste dommage que ça se soit fini comme ça…

Hormis cet aspect très regrettable, le contexte a changé en Guinée. À cause du départ de plusieurs grands clients, notamment les groupes miniers, notre affluence a diminué. Et en 2020, la pandémie du Covid-19 est venu aggraver une situation déjà tendue.

À l’heure actuelle, qui est le propriétaire de ce bâtiment ?
C’est une société dirigée par un Guinéen. Mais je ne sais pas s’il est disposé à divulguer son identité, donc je préfère préserver son anonymat.

D’accord. Nous sommes sûrs qu’il lira cet article, tout comme d’autres investisseurs potentiels et personnes du milieu des affaires. La préservation de la culture, de la mémoire et de l’Histoire peut se révéler très rentable, si toutes les conditions sont réunies.
Vous l’avez bien dit. Le Damier, ce n’est plus simplement un lieu de restauration. C’est une institution qui fait partie du patrimoine culturel guinéen.

Il y a des gens qui ont été formés ici depuis un peu plus de 30 ans d’existence. Si je me bats aujourd’hui, c’est pour nous ne soyons pas dispersés.

C’est là un aspect essentiel de notre survie : garder la famille soudée, empêcher qu’elle soit disloquée et préserver son incroyable savoir-faire.

Par exemple, tous les chocolats que vous voyez en vitrine sont faits maison, ici-même, par notre chef pâtissier-chocolatier, avec une qualité qui les hisse au niveau des standards internationaux.

La preuve, beaucoup de Guinéens et aussi d’expatriés, des Français, des Américains, etc, achètent du chocolat ici et voyagent avec.

C’est merveilleux.

Quelles solutions envisagez-vous pour la survie du Damier ? 
Grâce à notre avocat, nous avons obtenu la saisie conservatoire de nos biens. Le matériel et le mobilier du Damier appartiennent maintenant à l’ensemble des travailleurs.
Mais aujourd’hui, nous sommes au bord de la liquidation et faisons face à de grandes difficultés financières.

Pour en sortir, il nous faut quelqu’un qui ait les moyens pour y investir. Quelqu’un qui puisse reprendre le Damier en gardant son personnel.

Pour résumer la situation, nous avons le capital, nous avons l’expertise. Il nous manque juste un repreneur, qui puisse nous faire une proposition de remise sur pied, être l’interlocuteur de nos partenaires, etc. Nous sommes même prêts à déménager. Pour cela, il nous faudrait trouver un endroit pour se reloger.

En bref, nous sommes ouverts à toute solution qui soit viable.

Êtes-vous prêts à faire évoluer et à moderniser le lieu ?
On peut garder l’essence du Damier tout en le faisant évoluer. Tout être humain aime le changement. Il ne faut pas stagner. Donc oui, nous sommes ouverts au changement.

La situation du Damier saura certainement interpeller tous ses amoureux, qu’ils soient en Guinée ou à l’étranger. Nous continuerons à vous accompagner, vous et tout le personnel du Damier, qui se sacrifie maintenant  près de 2 ans.
Merci à tous ceux qui nous encouragent. Beaucoup sont étonnés que nous ayons pu garder le Damier debout malgré les circonstances difficiles que nous connaissons depuis peu… Ils nous félicitent. C’est surtout ça qui nous donne de la force.

Nous ne vous décevrons pas !

Lire l'article en entier