Criminalité environnementale en Guinée : Magistrats et conservateurs font front commun contre les trafiquants à Mamou

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La lutte contre la criminalité environnementale franchit un palier décisif en République de Guinée. Depuis le 23 mars 2026, la ville carrefour de Mamou abrite une formation stratégique, intensive et approfondie dédiée à la répression du trafic de bois et d’espèces sauvages.

Initiée dans le cadre du Projet Natura-Guinée, porté par la Wild Chimpanzee Foundation (WCF) et financé par l’Union Européenne ainsi que par la fondation Rain Forest Trust, cette rencontre rassemble des magistrats des zones prioritaires, des officiers de police judiciaire (OPJ), des agents de police judiciaire (APJ) et des enquêteurs de la Brigade Nationale de Lutte contre la Criminalité sur la Faune et la Flore (BNLCFF) ainsi que des agents de l’Office Guinéen des Parcs Nationaux et Réserves de Faune (OGPNRF), préalablement identifiés et sélectionnés pour cette formation spéciale.

Lancé par le Chef de Cabinet du Gouvernorat de Mamou à l’École Normale d’Instituteurs (ENI), devant l’Inspecteur régional de l’environnement et du développement durable de Mamou, le Directeur Général des conservateurs de la nature, le deuxième Avocat Général de la Cour Suprême, ainsi que la Cheffe Composante Trafic du Projet Natura-Guinée, ces travaux se poursuivront jusqu’au 2 avril prochain.

Face à la recrudescence de la criminalité environnementale et notamment du trafic de bois sur le territoire, le Ministère de l’Environnement et le Ministère de la Justice ont uni leurs forces pour outiller les acteurs de la chaîne pénale, avec l’appui des partenaires. L’objectif est de perfectionner les techniques d’enquête pour débusquer les membres de réseaux criminels impliqués et de maîtriser les procédures pénales.

Ainsi les participants sont formés, en autres, sur la conduite des investigations sous-couvertures, le fonctionnement des réseaux criminels, l’analyse des chaînes d’approvisionnement illégales, les modes opératoires et techniques de dissimulation de la contrebande, les opérations d’arrestations, les techniques d’audition et de rédaction des PV et la législation.

Pour Mamadi Kandia Keita, Chef de cabinet du Gouvernorat de Mamou, représentant du Gouverneur,  cette initiative est une aubaine : « Cette formation est une opportunité pour notre région de renforcer les capacités des acteurs engagés dans la protection de l’environnement. Le gouvernorat reste pleinement mobilisé pour combattre toutes les formes de criminalité liée à nos ressources naturelles ».

Sur le terrain, le constat est sans appel : les réseaux de trafiquants se modernisent. Le Lieutenant Soroma Nioké, Inspecteur régional de l’environnement et du développement durable de Mamou, souligne l’urgence d‘une mise à jour des capacités. « Les trafiquants utilisent des méthodes de plus en plus sophistiquées. Il est essentiel que nos agents soient formés aux nouvelles techniques d’investigation pour faire respecter la loi. Ce stage permettra d’apporter des solutions concrètes aux problématiques rencontrées sur le terrain », a-t-il affirmé, misant sur la synergie entre les différents corps qui assurent le contrôle.

La dimension judiciaire occupe une place centrale dans ce dispositif. M. Mamadou Dian Bora Diallo, deuxième Avocat Général près la Cour Suprême et ancien Point Focal de la lutte contre la criminalité liée aux espèces sauvages auprès du Ministère de la Justice et des Droits de l’Homme, explique que le choix de Mamou et des zones environnantes (Kindia, Forécariah, Koundara, Gaoual) n’est pas fortuit, ces régions étant des zones de transit frontalières sensibles. « Il nous fallait harmoniser nos méthodes de travail, notamment pour l’établissement de procès-verbaux inattaquables et l’infiltration des réseaux. Cette formation garantira des poursuites efficaces et des sanctions à la hauteur des infractions commises », précise-t-il, rappelant que de nombreux magistrats nouvellement nommés dans les zones prioritaires du projet, à savoir dans le Parc national Penselli-Soyah-Sabouyah (PSS) en création et dans la réserve de biosphère de Badiar, doivent s’approprier ces spécificités juridiques.

De son côté, le Colonel Pierre Kabinè Kamano, Directeur Général des conservateurs de la nature, a pointé du doigt l’un des obstacles majeurs : la corruption. Selon lui, la motivation des agents et l’intégrité sont les meilleures armes pour protéger le patrimoine national. « La corruption détourne la vision de nos communautés. Ce que la conservation peut apporter dans le futur est incomparable aux gains éphémères du trafic. Mon attente est que les magistrats, les officiers de policiers judiciaires et la presse parlent le même langage pour briser les chaînes de ce commerce illégal. » Il a d’ailleurs rappelé le chemin parcouru : si les marchés à ciel ouvert d’espèces protégées ont disparu grâce à un combat acharné, la vigilance reste de mise car le trafic évolue dans l’ombre.

Le renforcement des capacités est un levier essentiel pour combattre les trafiquants. Charlotte Houpline, Cheffe de la Composante Trafic du Projet NaturaGuinée, a réitéré l’engagement à appuyer les autorités compétentes dans cette lutte. En clôturant cette session le 2 avril, les autorités et les partenaires espèrent voir naître une véritable task-force d’enquêteurs et d’officiers de police judiciaire capable de protéger la biodiversité guinéenne face aux appétits criminels.

De Mamou, Boubacar Lamarana Barry pour Guineematin.com

Tél : 625 698 919 / 625 698 919

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