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Les débats se sont poursuivis ce lundi 23 mars 2026 devant la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) dans l’affaire opposant l’État guinéen, représenté par l’Agent judiciaire de l’État, aux prévenus Yamoussa Keita, Lamaine Sangaré et l’Agence internationale de promotion pharmaceutique (AIPP). Tous trois sont poursuivis pour des faits présumés d’atteinte à la santé publique, de détention illégale, de transfert, d’importation et de vente de produits pharmaceutiques, ainsi que de complicité au préjudice de l’État. À l’audience du jour, les débats ont tourné autour d’une lettre de désistement que l’Ordre national des pharmaciens de Guinée aurait adressée à la Cour. Tandis que la défense y voit un abandon pur et simple de la plainte pour défaut de preuves, la partie civile conteste cette interprétation et maintient disposer d’éléments probants, a constaté sur place Guineematin.com à travers un de ses reporters.
À l’issue des débats, les avocats des deux camps se sont exprimés.
Interrogé à la sortie de l’audience, Me Laurent Diawara, avocat de la défense, a livré son analyse de la situation, notamment autour de la validité du mandat de la partie civile après le désistement évoqué.
Me Laurent Diawara, avocat« C’est évident. Comprenez que c’est un sentiment de déception face à cette procédure. C’est la première fois, depuis que je suis avocat, que je vois un tel comportement. Vous avez constaté, tout au long des débats, que celui qui a mandaté l’avocat est le même qui s’est désisté de son action. Mais l’avocat insiste à poursuivre dans la procédure. Voilà ce que nous avons essayé de démontrer à la Cour. Effectivement, l’avocat qui a été constitué n’a plus le droit de continuer dans la procédure, parce que le mandat qu’il a reçu de son client a été révoqué par ce dernier. Donc, il n’a plus lieu d’être dans cette procédure. C’est ce que nous avons développé devant la Cour, mais malheureusement, la Cour est allée dans l’autre sens. L’affaire a été renvoyée au 27 avril pour éventuellement constater que son mandat est officiellement révoqué, de façon expresse. S’il ne se conforme pas à la volonté de son client, son mandat sera automatiquement révoqué et les prochaines audiences n’auront pour objet que son retrait de la procédure », a-t-il souligné.
Sur les motivations de cette lettre de désistement, l’avocat avance une lecture sans équivoque. « Je pense que le client ne veut plus continuer dans la procédure. Il estime que les accusations qu’il a portées contre l’AIPP ne tiennent pas. Donc, il a décidé de se désister de son action. C’est ce qui a motivé son désistement. Il a constaté que les infractions qu’il reproche à l’AIPP ne tiennent pas. Pour ne pas s’engager dans une procédure vaine, il a préféré se désister. C’est tout ».
Quant au fond du dossier, la défense se montre particulièrement critique. « C’est un dossier vide. Il n’y a rien dedans, mais il traîne toujours. Oui, cela traîne un peu à cause du laxisme de la Cour. Sinon, c’est un dossier qui pourrait être plaidé en deux ou trois semaines. Mais s’il ne l’est pas, c’est à cause des multiples renvois et de certains événements qui ont perturbé le fonctionnement de l’appareil judiciaire en Guinée. Les clients viennent de très loin et ils dépensent beaucoup pour venir à Conakry », a dit Me Laurent Diawara.
De son côté, Me Bakary Milimono, avocat de la partie civile, a fermement contesté la lecture faite par la défense, en s’appuyant notamment sur le cadre légal régissant la profession d’avocat en Guinée.
Me Bakary Millimono, avocat« La profession d’avocat que nous exerçons en Guinée est régie par une loi appelée la loi 014. Contrairement à ce qu’ils disent, j’ai reçu une lettre, non pas m’invitant à présenter une décision de l’Ordre national des pharmaciens de Guinée, mais une décision de retrait de cet Ordre dans ce dossier. Lorsque j’ai reçu cette lettre, j’ai émis des réserves. J’ai un mandat et ce mandat n’est pas encore révoqué. Or, la loi à laquelle j’ai fait allusion, en son article 2, précise que seuls les avocats représentent les personnes morales en justice. L’Ordre national des pharmaciens de Guinée, représenté par le docteur Younoussa Youla, n’a en aucun cas le pouvoir de s’adresser directement à la CRIEF pour notifier une décision de retrait. Par ailleurs, celui que l’on présente comme mandataire est lui-même mandataire de l’Ordre des pharmaciens de Guinée, qui regroupe quarante-six membres. Ce sont ces membres qui l’ont désigné. Or, contre cette décision, il y a une pétition. Il est désapprouvé à la base. À ce jour, 28 membres sur 46 s’y opposent. Je ne sais pas quelles seront les conséquences de cette pétition lors du prochain renvoi. Les débats ont été menés dans ce sens, et la Cour a estimé que, pour le moment, l’avocat constitué par l’Ordre des pharmaciens de Guinée, que je suis, reste et demeure la partie civile dans ce procès. Le dossier est renvoyé au 27 avril », a dit Me Bakary Milimono.
Sur les raisons de cette tentative de retrait, il évoque plutôt une dynamique de conciliation entre instances professionnelles (l’Ordre national des pharmaciens de Guinée et celui de la République du Mali). « Contrairement à ce que j’ai entendu de la partie adverse, ce n’est ni une insuffisance de preuves ni une quelconque manœuvre obscure. L’Ordre des pharmaciens de Guinée, tout comme celui du Mali, a été approché, je parle au conditionnel, car je n’ai pas été associé, pour privilégier une conciliation. Donc, ce retrait s’inscrit dans un climat de collaboration entre les deux ordres. Cependant, il y a une conséquence qu’ils semblent ignorer. À mon avis, les deux ordres ont à gagner dans une tentative de réconciliation, mais à condition d’associer toutes les parties prenantes. Mettre à l’écart l’Ordre des pharmaciens de Guinée ne fait que déplacer le problème sans le résoudre.
Disons les choses clairement : les prévenus redoutent l’intervention de l’Ordre des pharmaciens de Guinée, parce que nous disposons d’éléments solides contre eux. C’est la vérité », a-t-il conclu.
Mamadou Laafa Sow pour Guineematin.com
Tél. : (+224) 622 919 225
The post CRIEF : vifs échanges autour d’une lettre de désistement dans le dossier de l’Agence internationale de promotion pharmaceutique first appeared on Guineematin.com.
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