Comment un Président de la République doit former un gouvernement efficace (Par Dr. Ibrahima Chérif)

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Dans un régime présidentiel tel que celui de la Guinée, la formation du gouvernement constitue l’un des actes politiques les plus déterminants du mandat présidentiel. Elle engage non seulement l’orientation générale de l’action publique, mais également la capacité de l’État à répondre aux attentes sociales, à produire des politiques publiques efficaces et à consolider les institutions. À travers la désignation des ministres, le Président de la République donne à voir sa conception du pouvoir, sa vision de la gouvernance et sa lecture des priorités nationales.

L’efficacité gouvernementale dépend étroitement de la compétence, de l’intégrité et de l’expérience des membres de l’exécutif. Un gouvernement constitué sur la base de critères rigoureux favorise la cohérence de l’action publique et l’obtention de résultats concrets. Par conséquent, des nominations fondées sur des considérations partisanes, clientélistes ou approximatives conduisent inévitablement à des dysfonctionnements administratifs, à l’inefficacité des politiques publiques et à des conflits internes préjudiciables à la stabilité de l’État.

La composition du gouvernement exerce également une influence directe sur la stabilité institutionnelle, en particulier dans les contextes africains marqués par une fragilité politique persistante, les coups d’Etat, le terrorisme, et une profonde défiance citoyenne à l’égard des élites dirigeantes. Des ministres perçus comme illégitimes ou compromis dans des pratiques de corruption nourrissent l’instabilité et affaiblissent l’ordre constitutionnel, tandis qu’un exécutif crédible contribue au renforcement de la légitimité du pouvoir. La confiance des citoyens envers l’État est indissociable des modalités de sélection des gouvernants. Les pratiques de clientélisme, de népotisme ou de favoritisme ethno-régional, encore largement répandues, compromettent durablement l’autorité de l’État et entravent toute dynamique réformatrice.

Face à ce constat, il apparaît nécessaire d’opérer un changement de paradigme fondé sur des critères rationnels, objectifs et transparents de gouvernance. Cette réflexion vise à démontrer que la performance et la légitimité de l’État reposent avant tout sur la rigueur des choix politiques, notamment dans la sélection des membres du gouvernement.La performance gouvernementale repose en premier lieu sur la compétence technique et administrative de ses membres. Dans un État moderne, la fonction ministérielle ne saurait être assimilée à une récompense accordée en contrepartie d’une loyauté politique, d’un soutien électoral ou d’une proximité personnelle avec le chef de l’État. Elle constitue au contraire une responsabilité de gestion publique hautement spécialisée, exigeant des connaissances approfondies, une capacité d’analyse stratégique et une maîtrise des mécanismes complexes de l’action publique.

Gouverner par la compétence implique une rupture nette avec les pratiques patrimoniales du pouvoir encore observables dans de nombreux États africains, où les portefeuilles ministériels servent d’instruments de régulation politique ou de consolidation de coalitions. Si ces logiques peuvent produire une stabilité politique apparente à court terme, elles affaiblissent durablement la capacité de l’État à concevoir, mettre en œuvre et évaluer des politiques publiques efficaces.

Dans cette perspective, chaque ministre devrait répondre à un socle minimal de critères objectifs, au premier rang desquels figure la compétence sectorielle avérée.

Les critères essentiels pour un choix ministériel pertinent

1. La maîtrise réelle du secteur confié

Un ministre ne devrait pas découvrir son domaine d’intervention après sa nomination. Il est indispensable qu’il dispose d’une formation en adéquation avec le portefeuille qui lui est attribué, qu’il ait développé une expertise solide dans ce secteur et qu’il comprenne les grandes orientations des politiques publiques, tant au niveau national qu’international. En l’absence de cette maîtrise, la décision publique devient hésitante et excessivement dépendante d’acteurs extérieurs.

2. L’expérience en matière de gestion et d’administration

Diriger un ministère revient à administrer une structure complexe. Un ministre efficace est généralement une personne ayant déjà exercé des responsabilités significatives, que ce soit dans l’administration publique, le secteur privé ou des organisations internationales. Il doit être capable de gérer des équipes, de superviser des budgets publics et de piloter des projets de grande envergure, tout en maîtrisant le fonctionnement réel de l’appareil administratif.

3. L’intégrité morale comme fondement de l’autorité

Aucune compétence technique ne saurait compenser un déficit d’intégrité. La nomination ministérielle devrait exclure toute personne impliquée dans des affaires de corruption ou dont le parcours soulève des doutes sérieux. La transparence, notamment à travers la déclaration de patrimoine et des mécanismes indépendants de vérification, constitue une condition essentielle pour restaurer la confiance entre l’État et les citoyens.

4. La loyauté envers la République plutôt qu’envers des intérêts particuliers

Un ministre doit être loyal aux institutions, à la Constitution et aux orientations définies collectivement par le gouvernement. Il ne doit en aucun cas instrumentaliser sa fonction au service d’intérêts personnels, communautaires ou partisans, ni contribuer à fragiliser les institutions. La loyauté républicaine constitue une garantie de stabilité et de continuité de l’action de l’État.

5. Une vision stratégique à long terme

Au-delà de la gestion quotidienne, un ministre doit être en mesure de se projeter dans le temps. Il lui appartient d’identifier les enjeux futurs de son secteur, de proposer des politiques publiques cohérentes et durables, et d’anticiper les risques économiques, sociaux et politiques. Gouverner ne consiste pas uniquement à réagir, mais aussi à prévoir.

6. Le sens du résultat et de la responsabilité

Un ministre efficace accepte le principe de l’évaluation. Il agit sur la base d’objectifs clairs, mesurables et réalistes, et rend compte de son action. La culture de la performance et de la reddition de comptes, tant devant le Président que devant les institutions et les citoyens, est indispensable pour rompre avec les pratiques d’impunité.

7. L’aptitude au travail collectif

L’action gouvernementale ne saurait être individuelle. Un bon ministre est capable de travailler en équipe, de coopérer avec ses collègues et de respecter la hiérarchie gouvernementale. La coordination interministérielle est essentielle afin d’éviter les chevauchements de compétences, les rivalités internes et les politiques contradictoires.

8. La crédibilité nationale et internationale

Un ministre engage, par son comportement et sa réputation, la crédibilité de l’État. Il doit inspirer confiance à l’intérieur du pays et être en mesure de dialoguer efficacement avec les partenaires techniques et financiers, tout en représentant la nation avec sérieux et dignité sur la scène internationale.

9. Une représentativité équilibrée sans renoncement à la compétence

Il est légitime que le gouvernement reflète la diversité régionale et sociale du pays et favorise l’inclusion des femmes et des jeunes. Cependant, cette exigence ne doit jamais se substituer au principe de compétence. La représentativité constitue un facteur d’équilibre politique, non un critère exclusif de nomination.

10. L’indépendance d’esprit et le courage décisionnel

Un ministre efficace est capable de résister aux pressions. Il doit savoir proposer des réformes parfois impopulaires mais nécessaires, s’opposer aux logiques clientélistes et privilégier l’intérêt général, même lorsque cela implique un coût politique personnel.

Pour finir, un choix ministériel efficace repose prioritairement sur la compétence professionnelle et la probité morale des personnes nommées. Le titulaire d’un portefeuille ministériel doit justifier d’une maîtrise avérée de son secteur, d’une expérience significative en matière de gestion et d’une connaissance approfondie des mécanismes de l’administration publique. L’intégrité morale constitue, à cet égard, un pilier central de la légitimité et de l’autorité ministérielles, dans la mesure où la performance et la durabilité de l’action publique sont indissociables des exigences de transparence, de responsabilité et de respect de l’éthique publique.

Dr. Ibrahima Chérif

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