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Au premier regard, les tôles rouillées et les planches disjointes évoquent un espace laissé à l’abandon. Pourtant, au cœur de plusieurs quartiers de Conakry — Dabondy, Matam, Yattaya Plateau, Bonfing ou encore ENTA — ces constructions de fortune ne sont ni des maisons ni des ruines. Elles abritent des lieux de travail et de services essentiels : ateliers artisanaux, petits restaurants populaires et même des toilettes publiques improvisées, installées au beau milieu des habitations.
Discrètes mais vitales, ces activités assurent la survie de dizaines de familles. Ici, la modernité urbaine semble s’interrompre à quelques mètres des immeubles en béton, laissant place à une économie informelle profondément enracinée dans le quotidien des populations.
Sous le bruit du marteau, un atelier de survie
Assis à même le sol, entouré de ferraille et de manches en bois, Mamadou, la quarantaine, façonne des daba, des houes et d’autres outils agricoles. Le geste est précis, répété, presque machinal. À ses côtés, le feu crépite doucement.
« Je travaille ici depuis quelques jours. J’ai été installé par l’intermédiaire d’une femme à qui je verse 50 000 francs guinéens chaque mois. Je fais ce métier depuis plus de dix ans, sans jamais avoir eu un atelier en dur. Pourtant, ce que je produis nourrit beaucoup de familles », confie-t-il, concentré sur son ouvrage.
Chaque outil est fabriqué à la main, puis écoulé auprès de cultivateurs et de revendeurs venus des zones périphériques de la capitale. L’atelier n’a ni autorisation officielle ni réelle protection. Il existe par simple tolérance, dans un équilibre fragile entre nécessité économique et précarité permanente.
Un restaurant de fortune, mais la cantine du quartier
À quelques mètres de là, une marmite fume dans un petit restaurant populaire. L’espace est exigu, l’équipement rudimentaire, mais la clientèle est fidèle. Ouvriers, apprentis et passants pressés s’y arrêtent pour un plat de riz accompagné d’une sauce simple, à un prix accessible.
« Chaque jour, je nourris au moins une trentaine de personnes. C’est grâce à ça que je fais vivre mes enfants. Si on ferme ici, c’est toute une chaîne qui s’effondre », explique Fatou, la restauratrice, épouse du muezzin de la localité de Yattaya Plateau, secteur Marché.
Ces gargotes de fortune remplissent une fonction sociale essentielle : nourrir à moindre coût une population laborieuse largement exclue des circuits économiques formels.
Des toilettes en tôles, un service discret mais indispensable
Entre l’atelier et le restaurant, une petite construction en tôles ondulées s’impose par son utilité : des toilettes publiques de fortune. Sans raccordement moderne ni aménagement durable, elles sont pourtant fréquentées quotidiennement par les travailleurs, les clients et les riverains.
Dans des quartiers où les habitations manquent souvent d’infrastructures sanitaires adéquates, ces toilettes improvisées comblent un vide réel. Leur présence au cœur du tissu urbain illustre à la fois l’ingéniosité des habitants et les carences criantes de l’aménagement urbain.
Quand le quartier change de visage
Autrefois réputé pour sa propreté et son standing, cet espace urbain a vu son visage se transformer au fil des années. L’installation progressive de ces ateliers, restaurants et sanitaires de fortune a profondément modifié le paysage.
« Avant, c’était un quartier calme, bien tenu. Aujourd’hui, regardez autour : la poussière, les tôles, les déchets… Ce n’est plus la même image », regrette un habitant installé dans le secteur depuis plus de vingt ans.
Si beaucoup reconnaissent l’utilité de ces activités, d’autres dénoncent une dégradation du cadre de vie.
« On comprend que les gens doivent travailler. Mais pourquoi toujours au milieu du quartier ? Il n’y a aucun aménagement, aucune règle », s’indigne une riveraine.
Ces constructions, souvent érigées sans planification ni autorisation, donnent le sentiment d’un laisser-aller urbain, où l’informel s’impose là où ordre et esthétique dominaient autrefois.
Une économie tolérée, mais jamais intégrée
Manque de zones artisanales aménagées, loyers inaccessibles, lourdeurs administratives : autant de facteurs qui poussent artisans, restaurateurs et petits prestataires de services à s’installer là où ils le peuvent, sans sécurité juridique.
Indispensables à la vie quotidienne des quartiers, ces activités restent pourtant invisibles et vulnérables.
« Rien ici n’est aux normes. Mais tout est indispensable », résume un riverain.
Pris entre tolérance et rejet, ces espaces informels cristallisent les contradictions d’une capitale en pleine mutation, où l’urgence sociale prend souvent le pas sur la planification urbaine.
Entre béton et tôles, Conakry hésite encore : préserver son image ou reconnaître ceux qui la font vivre au quotidien.
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il y a 3 heures
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